Publié le 24 Octobre 2026

La démocratie se déroule rarement comme dans les manuels de droit. Dans la vraie vie, on dirait que les politiciens « vendent » et que l'électorat « achète » un programme. Il y a des valeurs sacrées non-négociables qui s'opposent à toute forme de calcul. Le procès opaque de la mise en œuvre des promesses stimule les fantasmes populistes de ceux qui se méfient des saboteurs. On constate donc parfois des « effets pervers » qui n'étaient pas prévu au moment de la prise de décision.

Pourquoi l'esprit critique est-il aussi difficile à faire éclore ? Il arrive souvent, dans l'histoire de l'évolution, qu'une adaptation devienne contreproductive lorsque l'environnement se modifie brutalement. Nous percevons intuitivement nos difficultés actuelles avec le système d'interprétation que nous avons hérité de nos plus lointains ancêtres. Et donc nous interprétons l'interaction entre les gouvernements et le public en terme de coopération. Mais comment coopérons-nous naturellement ?

Dans les groupes de chasseurs-cueilleurs, on recherchait les échanges mutuellement bénéfiques. Notre survie dépendait de notre faculté à discerner les partenaires plus égoïstes et les partenaires plus altruistes. Et c'est la parole qui nous permet de savoir qui est fiable et qui ne l'est pas. On dira de celui qui n'a demandé que la moitié des profits d'une entreprise à laquelle il a contribué à hauteur de la moitié du temps de travail qu'il a fait une demande « équitable ». Les enfants comprennent eux aussi que celui qui a le plus travaillé devrait être considéré comme le plus méritant. Pour survivre, il ne fallait être ni trop égoïste au risque d'être rejeté, ni trop altruiste au risque d'être exploité. Il fallait mesurer les réputations en présence. Il fallait savoir mesurer les mérites de chacun.

Que l'on parle du traitement du chômage, des dépenses de santé, de la discrimination positive, ou de l'immigration, il y a toujours une sorte de calcul moral, parce que les débats autour de chacune de ces politiques portent d'abord sur leur caractère moral ou non. En fait, des expériences ont montré que les gens préfèrent parfois une politique bien intentionnée, même si les résultats sont décevants.

Et donc dans les sondages, l'approbation d'une politique dépend énormément de la façon dont elle est cadrée. En tous cas, ceux qui reçoivent l'aide au chômage sont priés de montrer qu'ils font ce qu'il faut pour trouver un emploi — même si tout le monde n'est pas d'accord sur la définition du mérite, et c'est bien là le problème. Bref, notre esprit possède une sorte d'heuristique du mérite telle qu'on ne peut que difficilement oublier le mécontentement que suscitent les écornifleurs. Chose surprenante, le cadrage du débat est tellement important que modifier les conditions de l'expérience peut conduire un Étasunien à se comporter comme un Scandinave et vice-versa. C'est parce que notre esprit accorde énormément d'importance aux intentions. D'autres expériences ont montré qu'on préfère les relations soucieuses de nos intérêts à long terme, même si elles rapportent moins dans l'immédiat. Même dans les entreprises les plus rationnelles au sens économique du terme, on se fait des cadeau pour prouver qu'on s'estime dans la durée. Autrement dit, on ne s'étonnera pas que le maintien des aides au plus démuni soit fortement influencé par la capacité de s'imaginer dans une situation difficile.

Et donc que se passe-t-il lorsqu'un politicien s'oppose à une valeur sacrée au nom d'une certaine efficacité ? Généralement, ce ne sont pas ses arguments qui sont visés, mais sa moralité. Les arguments ad hominem prolifèrent parce que tout le monde n'a pas les compétences pour réfuter une idée fausse. Ce qui est remarquable, c'est que le répertoire des valeurs sacrées varie beaucoup d'un pays à l'autre : les flingues aux États-Unis, la monnaie en Allemagne, la laïcité en France, etc. Il arrive même que des personnes soient jugées immorales simplement parce qu'elles ont besoin de temps pour arriver à la même conclusion, ce qui est ridicule. Les gens confondent souvent ce qui relève de l'évidence et ce qui relève de l'intuition. Si on suppose que le compromis est une nécessité pour avancer, alors certains pays sont vraiment dans la mouscaille.

Que l'on parle d'un État ou d'une entreprise, la tentation est grande de parler d'une personne morale comme d'une personne humaine. Le contenant pour le contenu, c'est ce qu'on appelle une métonymie. Nous simplifions ainsi parce que nous avons une théorie de l'esprit innée qui perçoit de l'agentivité là où il n'y en a pas. Mais le risque à confondre un groupe avec une personne, c'est qu'on peut en oublier qu'il faut comprendre ses motivations contradictoires pour anticiper son comportement collectif. Nous devons résister à la tentation de réduire un groupe à sa décision finale.

Il arrive souvent qu'on ne pense pas à toutes les conséquences d'une certaine politique. On fixe une taxe à un certain nombre de fenêtres, et la plupart d'entre elles finissent murées. Dans les pires cas, la situation empire là où on avait prévu une amélioration. Pourtant, n'importe qui peut comprendre que récompenser l'abattage des serpents peut conduire des petits malins à faire des élevages de serpent. Toute la difficulté consiste à savoir comment être certain que les politiques raisonnent à long terme.

Mais il faut aussi connaître ce que notre intuition naturelle dit de la science économique. Nous avons du mal à raisonner de façon macroéconomique, parce que l'esprit tend à tout réduire à l'existence d'un groupe. Mais on sait que les propriétaires réagissent de façon très diverses au contrôle des loyers. Beaucoup n'ont pas l'intention de se laisser faire. Et il est difficile de savoir à l'avance qui va se laisser faire. On a aussi tendance à imaginer que l'économie est statique, alors qu'un seul changement de paramètre peut impacter les autres paramètres en cascade. On suppose facilement que le bien engendre le bien, mais parfois il n'y a pas de corrélation : le bien peut engendrer n'importe quoi.

Il faudrait trouver un moyen d'apprendre aux citoyens à écouter les avocats du diable.

Ça tombe bien, le tirage au sort et l'éthique de la discussion sont là pour ça. La réflexion collective permet à celui qui a raison de partager ses lumières avec le plus grand nombre pour peu que le cadre soit ouvert à la contradiction — mais évidemment cela exige de sortir de son isoloir quelques temps.

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Publié le 21 Octobre 2026

On en arrive enfin à la question de savoir d'où vient que les êtres humains acceptent de se soumettre à quelque monarque, comme le demandait La Boétie dans son Traité sur la servitude volontaire. Parce que après tout, l'oppression existe encore, même si c'est sous une forme différente. Alors pourquoi accepte-t-on la servitude ? Celle-là même qu'on observe aussi dans les sociétés sans autorité centrale, dans les structures familiales les plus inégalitaires et autoritaires ?

On imagine tout de suite que c'est une affaire de force ou de violence. Mais c'est avant tout une question d'idéologie. La domination est présentée comme naturelle. Mais des études sur les castes inférieures en Inde montrent bien que les dominés ne sont pas convaincus que leur domination serait naturelle. Partout on observe un décalage entre le discours officiel et la pensée des individus dominés. Il existe donc des « résistances silencieuses ». Il ne faut pas confondre silence et consentement.

Dans ce cas, quels sont les processus cruciaux qui stabilisent la domination ? Prenons l'exemple des sociétés africaine où la polygamie prive les plus jeunes hommes de l'accès aux femmes. Ces jeunes hommes ne trouvent pas cela juste. Mais un individu isolé n'aurait aucune chance de réussir à renverser le système. Et de plus, parmi ceux qui sembleraient prêts à le renverser, il n'est pas facile de savoir qui est fiable. Et donc beaucoup préfèrent attendre de vieillir pour prendre la place des anciens.

D'après Boyer, il existe deux obstacles à la rébellion collective. D'abord, il s'agit de savoir si la révolution peut se faire sans coopérer avec les autres. C'est le problème de l'engagement. Mais il y a aussi le problème de la coordination. Même en admettant que le tyran aie commis un blasphème tel que plus personne n'ait peur de s'engager, il faut encore savoir quelle est l'intention des autres. D'après les modèles, une révolution se produit lorsque de nombreuses personnes sont prêtes à prendre un risque et lorsque chacun sait que ce risque va être pris.

C'est donc la circulation des informations qui permet de se rebeller. Il faut pouvoir participer à des débats. Et les élites feront tout pour que ces débats n'aient pas lieu. La dictature se maintient parce que les élites saturent l'espace public. Les rituels religieux ou les cours de théorie léniniste avaient moins pour fonction d'instruire que de permettre aux gens de signaler leur allégeance. Dès lors, on ne sait jamais qui croit vraiment à l'idéologie du système. C'est une situation en « ignorance pluraliste ». Certains économistes parlent à ce sujet de « préférence falsifiée ». Lorsque cette pratique est répandue, le conformisme est tel qu'il est très difficile d'en sortir, au risque de passer pour un agitateur.

Dans nos démocraties modernes, la question se pose autrement, avec la « fenêtre d'acceptabilité », c'est-à-dire l'instant à saisir où une politique naguère fantaisiste devient réaliste. L'éventail de propositions acceptables s'élargit ou se rétrécit avec le temps. Cela explique que les changements politiques importants se font souvent hors du cadre institutionnel ordinaire. Au États-Unis, des propositions jugées radicales il y a quelques décennies, comme la légalisation du cannabis ou le mariage homosexuel, sont passé par des décisions de justice ou référendums, hors du cadre parlementaire.

Même en régime démocratique libéral, les élites font de leur mieux pour rétrécir la fenêtre d'acceptabilité à leur avantage : on ne parle sérieusement de la sortie de l'euro que très rarement. Les réseaux sociaux permettent de savoir ce que pensent les autres et augmentent la probabilité d'une révolution, mais dans les débats sur leur réglementation cet aspect positif est souvent laissé de côté. 

Finalement, l'autorité persiste parce que les personnes soumises jugent qu'il est dans leur intérêt individuel de s'y conformer plutôt que de se révolter, même si peu sont ceux qui veulent s'y conformer.

Et donc pour conclure, peut-on réduire la révolution à un problème d'engagement et de coordination ? Cela ne fait que poser les bases de la psychologie du raisonnement, mais cela ne nous dit rien de l'avenir du capitalisme. Le cerveau n'est pas livré avec la réponse à toutes les questions qu'il se pose. 

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Publié le 20 Octobre 2026

Je suis né dans l'Hexagone,

Autant dire dans l'œil du cyclone,

En première ligne pour assister

à assez pour me faire pister,

Pour un banal crime en pensée,

Qui fit passer pour insensée,

Ma vie à attendre Godot,

Mais cette fois, j'en ai plein le dos...

Vive les thésards et l'abstraction !

Vive les beaux-arts de science-fiction !

On en a marre des distractions,

Mais quand démarre l'insurrection ?

Or le hasard des élections

reste un bazar plein de factions ;

Ma terre bizarre, contradiction,

Veut-elle César pour faire l'action ?

La France est un paradis froid,

Il y a de quoi vivre l'effroi,

De qui se sent seul sans sa mère,

Peur de finir sa vie amer,

Voici que la vérité explose,

Plus épineuse que la rose,

Elle est là et il faut qu'elle gène,

Nonobstant les lacrymogènes !

Vive les thésards et l'abstraction !

Vive les beaux-arts de science-fiction !

On en a marre des distractions,

Mais quand démarre l'insurrection ?

Or le hasard des élections

reste un bazar plein de factions ;

Ma terre bizarre, contradiction,

Veut-elle César pour faire l'action ?

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Publié dans #Poèmes

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Publié le 20 Octobre 2026

On ne sait pas précisément de quand date la première joute oratoire, pas au sens d’une querelle, soit un affrontement verbal ponctuel sur la question de se soustraire ou pas à une habitude (comme la querelle du Cid sur les règles du théâtre classique) ; mais d’une véritable coutume antagonique analogue au duel guerrier, soit un combat à armes égales entre deux prétendants à la même dignité — à cette différence près que lors d’une joute oratoire, le choix des mots et parfois la puissance vocale remplacent le maniement des armes, ce qui englobe des termes particularisant comme :

  • pilpoul talmudique,
  • fjölkunnigr islandais,
  • disputatio sorbonica,
  • débat de l’entre-deux-tour des élections présidentielles françaises,
  • bataille de rap, etc.

À vrai dire, même si ce genre de coutume se retrouve dans presque toutes les sociétés humaines dans la mesure où la parole et le jeu sont des invariants anthropologiques, on dispose de peu de travaux comparatifs sur la joute oratoire en anthropologie. On trouvera tels essais sur les jeux de langage comme les anagrammes, mots-valises, rébus, etc. ; sur les performances en public ; sur le rapport entre mensonge et blague ; sur l’importance des salutations rituelles et de la politesse — mais chaque fois qu’on étudie une joute oratoire, c’est presque toujours dans un contexte précis, comme les duels chantés des Esquimaux, la tenson médiévale des troubadours occitans, ou les insultes ritualisées dans l’Illiade d’Homère. Le seul travail comparatif sur les joutes oratoires que j’ai trouvé date déjà de 2005, c’est le n°7 de la revue ethnographique.org, avec l’article intitulé : « Perspectives comparatives sur les joutes oratoires » qui précède les autres articles consacrés à des cas particuliers.

Thierry Wendling y explique, à partir de ses sources recueillies d’abord autour de l’ethnologie et de la sociologie, ensuite de l’histoire des religions et la philologie, et enfin de la linguistique, que l’observation confirme que la notion de joute oratoire englobe dans les sociétés traditionnelles certains faits sociaux répétés, très éloignés du chaos que l'on observe sur les plateaux télévisés.

L'interrogateur et le répondeur

La devinette ou énigme n’était pas seulement une pratique enfantine : les questions-réponses sont courantes dans les cadres cérémoniels. L’Inde védique pratiquait le brahmodya (avec un échange de questions et réponses entre participants du culte brahmanique, et souvent traduit par « concours d’énigmes »). Il ne s’agissait pas de deux prétentions concurrentes et irréconciliables à la vérité : faute d’échange spontané, il s’agissait plutôt d’une mise à l’épreuve de la sagesse et le savoir rituel d’une série de candidats. La littérature scandinave médiévale regorge aussi de joutes oratoires enchainant devinettes et contre-devinettes par personnages surnaturels : dans le Vafþrúðnismál, Odin se mesure au géant Vafthrudnir (littéralement « le fort à l’embrouille ») dans une série d’énigmes cosmogoniques et eschatologiques. Ce duel d’érudition et d’éloquence condense la pensée religieuse des Vikings. Dans toutes les cultures où l’énigme vaut initiation, celui qui échoue peut symboliquement perdre sa langue et la donner au chat — dans certains cas burlesques, la tête peut aller jusqu’à exploser, comme dans les Contes du vampire [Vetâlapanchavinśatikâ] panindiens.

Ce premier invariant supposait un référentiel commun sur les connaissances attendues de la part d’un candidat, et même une hiérarchie implicite quoique parfois contestée entre questionneur et questionné. Chose intéressante, après l’émergence du bouddhisme qui eut pour conséquence le développement de la dispute interreligieuse sur le subcontinent indien, une coutume est apparue pour que le vaincu se convertisse à la religion du vainqueur, avec des traités de théorie du débat qui fleurissent après le premier siècle AD — ils sont du niveau des Grecs, même si ça reste une affaire de prosélytisme et d’apologétique religieuse avec pour enjeu le salut de l’âme.

Peut-on seulement imaginer que cette tolérance, qui n’avait rien d’évident dans les aires culturelles monothéistes de la même époque, redevienne possible de nos jours ? Sans aller jusqu’à la conversion du vaincu, on imaginera que l’appartenance à une même communauté de recherche suppose qu’on ne peut pas exiger de l’adversaire qu’il nous prenne au sérieux si on ne le prend pas au sérieux. Donc on peut au moins exiger qu’un disputaire prévoie d’offrir un gage de respect à son adversaire en cas de victoire par point de ce dernier, ou, s’il n’a pas fait confiance au tiers qui jugeait de la dispute, lorsqu’il reconnait finalement l’exactitude et la sincérité de son adversaire — dire la vérité ne suffit plus à notre époque paranoïaque, encore faut-il assurer qu’on ne s’en sert pas pour être injuste.

L'improvisation et l'insulte

La joute verbale, en laissant à l’adversaire le soin d’improviser une réponse à une question qui peut donner lieu à sa contre-improvisation si la réponse est inattendue, est une œuvre dialogique qui peut donc générer des effets de surprise, avec une certaine tentation de recourir à l’insulte et aux obscénités si l’on estime qu’une question ou une réponse est déloyale. Les joutes oratoires assument souvent cette tentation et en font un aspect légitime de la stratégie des joueurs, et donc on aboutit parfois à une inversion pure et simple des règles de politesse. Sans aller jusque-là, une dispute « infernale » n’oblige pas les disputaires à faire preuve de politesse, et on considérera qu’une injure doit toujours imputer à l’adversaire un fait en rapport avec le sujet de la conversation et être calibré. Les « attaques personnelles » sont généralement considérées comme hors-sujet dans tous les manuels d’argumentation, mais on posera une exception sur la base de l’histoire du blasphème dans l’histoire de France : même lorsqu’un blasphème est tout à fait hors-sujet, il possède pour triple avantage de :

  • défouler,
  • mettre en garde l’adversaire, et
  • porter un jugement de valeur esthétique ou moral,

Le blasphème constitue donc un mécanisme de défense psychique légitime lorsque l’adversaire tiens des propos comminatoires, fait exprès d’ignorer la valeur de nos paroles, ou nous aurait tendu un piège perfide — des situations parfois tellement subjectives que les arbitres pourront donner des points aux victimes de blasphèmes abusifs, et même disqualifier les auteurs de blasphèmes attentatoires à la dignité humaine. Un blasphème restera donc risqué pour le blasphémateur, lequel n’aura alors rien à gagner, à part la sympathie de l’assistance si son blasphème est une réponse hilarante, immédiate et proportionnée à un tel outrage.

L'efficacité avant la vérité ?

Un autre point typique de la joute oratoire traditionnelle, c’est la surenchère et l’exagération, ce qui démontre que le critère de vérité était souvent tout à fait secondaire avant qu’il ne devienne obsédant après la joute oratoire de la vaillante et sulfureuse plaidoirie de Socrate contre tous les démagogues athéniens qui ne pensaient qu’à plaire et émouvoir leurs électeurs en leur proposant le plus beau mensonge. Il faut bien reconnaître que de tous les commandement de la Bible, l’un de ceux qui est le moins universel est le neuvième qui interdit de porter un faux témoignage : entre l’impératif catégorique kantien qui va jusqu’à exclure le mensonge médicamenteux pour cause d’expérimentation en double aveugle avec placebo, et l’art de la prudence de Baltasar Gracian (prudence se traduisant « taqiyya » en arabe), il y a tout un continuum où la vérité doit laisser sa place à d’autres considérations comme l’efficacité, l’honneur, ou la non-divulgation de secrets réservés à des initiés. Dans un théâtre, il existe un « contrat de feintise » entre le performeur et le spectateur qui repose sur la « suspension consentie de l’incrédulité » : on sait tous que ce qu’on nous montre n’est ni vrai ni vraisemblable, mais cette valeur passe après celle d’enseigner les vertus et s’émerveiller. Et comme l’attitude face à la vérité prend souvent la forme d’une adhésion temporaire au discours d’autrui et s’avère donc dépendante du contexte d’énonciation, la Dispute héroïque ne peut pas exclure totalement le mensonge transitoire, à condition que la vérité finisse toujours par triompher. G. W. F. Hegel ne disait pas autre chose lorsqu’il défendait la nécessité logique de reconnaître que parfois « le faux est un moment du vrai » ; même si de nos jours, sous l’emprise du spectacle désintégré et son renouvellement technologique incessant, on a plutôt tendance à dire comme Guy Debord que le « vrai est un moment du faux ». Un exemple fameux de mensonge classieux tout de suite pardonné est lorsque l’historien Jean Fourastié compara deux villages, Madère et Cessac, l’un sous-développé et l’autre à fort revenu, avant de révéler qu’ils sont le même villages, Douelle dans le Lot, à deux époques différentes, avant et après les Trente glorieuses. Un public honnête apprécie les twists finaux lorsqu’ils sont bien amenés.

Le défi

La joute oratoire va souvent jusqu’à permettre la déclaration de défi d’un challenger contre un favori. La « littérature de cordel » brésilienne (terme qui désigne également un mode d’autoédition de poésies populaires sous forme de fascicules appelés folhetos) a ainsi gardé le souvenir de ces règlements de comptes poétiques du XIXe siècle, lors desquels la petit-bourgeoisie blanche se permettait de mesurer son éloquence face à la culture de l’oralité des esclaves noirs. (Mais cette égalisation s’arrête à la fin de la joute, lorsqu’un tiers aura pu juger de la supériorité d’un candidat : au Brésil, l’assistance lui fournit les thèmes ou les rimes sur lesquels il doit improviser.)

De ce point de vue, la Dispute héroïque doit envisager des règles pour encadrer le défi en duel : avec le temps, si jamais le concept connaissait la notoriété, nous voulons évidemment abolir les privilèges du temps de parole monopolisé par ces patriciens qui reçoivent sur les plateaux télés une hospitalité des journalistes qui n’a d’égal que le mépris que ces derniers réservent à la plèbe.

Nous voulons créer une société ou n’importe qui aura une chance de disputer avec n’importe qui — mais pas à n’importe quelle condition. Pour qu’une dispute ait lieu, il faut qu’une prétention à la validité d’un argument soit déclarée objet de controverse d’intérêt public pour les organisateurs qui vérifieront le « droit à la dispute » du déclarateur. De même que la déclaration de guerre est réglée par le droit de la guerre, la déclaration de dispute sera réglée par le droit de la dispute. Puisque chaque disputaire essaie de sauver sa thèse face à un adversaire partisan de l’antithèse, les disputaires feront valoir, dans une vidéo de 140 seconds maximums, et avec toute la beauté des arts oratoires qu’ils connaissent, que l’adversaire est faillible comme tout être humain, et que nul n'est à l’abri de la controverse ; mais ils procéderont en satisfaisant certaines conditions :

  • Légitime défense : Un particulier outragé par une intelligence hostile après une parole ou acte notoire de ce dernier décide de réagir immédiatement à hauteur de ce qu’il a subi.
  • Légalité : La déclaration est encadrée par les lois de la liberté d’expression du pays hôte.
  • Transparence : les causes d’hostilité du déclarant doivent être contenues à l’intérieur de la déclaration finale, et aucune autre ne pourra être découverte pendant la dispute.
  • Intelligibilité : Le discours audio du déclarant est intelligible pour toute la francophonie et avec des sous-titres en cas de régionalismes ou de créolismes intensifs — du reste, une vidéo qui n’a rien à voir peut servir de fond pour la bande-annonce.
  • Individuation : Le particulier (ou le collectif qui déléguera la dispute) défié est le seul à être cité dans la déclaration, et le défiant s’abstiendra de tout dommage collatéral.
  • Candeur : Le déclarant doit demander à ses admirateurs de ne pas intervenir. Donc si la déclaration va avec une campagne d’harcèlement ou une opération de déstabilisation psychologique envers un particulier impliqué dans la dispute — surtout les proches des parties impliquées — alors le défi est annulable par les organisateurs.
  • Latitude : Il y a des incitations pour que le défié accepte malgré la surprise et son emploi du temps : on lui accorde six mois de préparation mentale et le droit d’exiger la charte de franc-parler de son choix. Si le défié fait valoir un désavantage stratégique majeur, alors il peut aussi demander une exception au principe d’égalité, mais les arbitres en délibéreront à l’unanimité, et leur décision deviendra alors un précédent pour les disputes suivantes.
  • Substituabilité : Le particulier défié en duel peut déléguer son duel à n’importe quel ami qu’il juge plus dans la catégorie du déclarant, à condition de renoncer à toute latitude ci-avant et si les arbitres le valident à l’unanimité, et le déclarant ne pourra pas refuser.
  • Excluabilité : Si l’une des règles précédentes est gravement enfreinte ou refusée pendant la déclaration, avant et/ou durant la dispute, alors le coupable peut être ostracisé de la dispute.
La manœuvre stratégique

Enfin, la joute oratoire traditionnelle se caractérise par des manœuvres pour orienter la réponse adverse à son avantage — lorsqu’il ne s’agit pas de faire « sécher » l’adversaire, tout simplement. D’une certaine façon, c’est la rançon de la gloire : le répondeur a droit à un discours où il est libre de dire ce qu’il veut, mais il en est évidemment responsable. Cela ne veut pas dire que toutes les questions seraient permises, parce que les arbitres vérifieront qu’elles ont bien pour objectif de tester la robustesse des arguments du répondeur, et qu’elles ne sont pas policières, fallacieuses ou comminatoires ; mais cela veut dire qu’il est permis d’orienter une question vers une réponse qu’on estime plus facile à objecter ou contredisant une autre réponse — le répondeur se trouve alors face à un dilemme légitime, et c’est l’ingéniosité avec laquelle il réagit qui légitime le point. Cela étant, puisque le répondeur fera de son mieux pour se soustraire à son dilemme, il y aura forcément des marchandages interprétatifs plus ou moins long des deux côtés, avec la tentation de mépriser la question et de surinterpréter la réponse, d’où le risque de tourner en boucle si les positions s’enlisent. En cas de dispute d’usure, les arbitres pourront forcer la question suivante.

Conclusion

La civilisation thermo-industrielle en fin de course régule ses débats de plus en plus violent avec les méthodes rhétoriques du « media training » étasunien : il s'agit de retenir l'attention distraite du citoyen-spectateur avec une mise en scène, celle de la démocratie représentative où les politiciens répètent sans arrêt les mêmes petites phrases pour donner l'impression d'une victoire totale. Cette pulsion antagonique de la joute oratoire ne disparaîtra sans doute jamais, mais sans doute peut-on encore la sublimer avec un droit de la dispute, de même qu'il existe un droit de la guerre — que presque plus personne ne respecte non plus. C'est question d'éducation. Il ne faut pas seulement enseigner l'éthique de la discussion comme s'il était possible de mettre tout le monde d'accord, il faut aussi enseigner l'éthique de la dispute pour que tous les coups ne soient pas permis pour gagner.

 

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Publié dans #La dispute héroïque

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Publié le 19 Octobre 2026

Au chapitre 3 de son livre sur la neuropolitique, Boyer se concentre sur deux notions qui déchaînent les passions : le « populisme » et la « désinformation ». Que reproche-t-on aux premiers ? Une certaine véhémence dans le propos ? Ils ont généralement en commun d'opposer un bon peuple à des élites corrompues, et de résumer la colère populaire en quelques slogans. Sans doute que la faillite du système y est pour beaucoup, mais y aurait-il quelque chose dans notre cerveau capable d'expliquer cette tentation ? Sans surprise, Boyer répond que oui.

Ce n'est pas une affaire de crédulité. On sait que le conformisme pousse parfois le sujet à accepter une prémisse manifestement fausse, mais aujourd'hui on sait que le conformisme n'est pas la même chose que la persuasion : nous sommes moins influençables que prévu. On remarque ironiquement que le bon sens est la chose la mieux partagée du monde : tout le monde se croit moins influençable que le voisin. Les êtres humains sont difficiles à convaincre, que l'on parle d'enfants qui n'aiment pas les légumes, d'adolescents en fugue, ou d'adultes encartés.

En résumé, on ne change pas d'opinion comme on attrape un rhume. Nous n'aurions pas pu survivre dans la nature si nous avions été naïfs ou incrédule au dernier degré. Il était nécessaire que nous puissions nous fier aux informations des autres en triant celles qui étaient invraisemblables. Notre espèce est à part étant donné que notre connaissance est peu personnelle, elle relève d'une dépendance.

Le problème que tout le monde aura remarqué, c'est que nous avons intérêt à faire croire des choses qui ne sont pas forcément vraies. Il est donc dans notre intérêt d'être prudents. Dès l'âge de trois ans, les enfants sont sceptiques de certaines choses que leur racontent les parents. Et nous n'acceptons les nouvelles idées que si elles sont cohérentes et compatibles avec ce que nous savons déjà.

Mais à l'inverse, un excès de scepticisme peut tout aussi bien nous faire passer à côté d'une information utile. Même les régimes totalitaires à propagande intensive font face à un grand cynisme des individus qui gardent une distance intérieure vis-à-vis des dogmes. La participation n'était pas une preuve d'adhésion. Et c'est pourquoi lors de l'effondrement de tel ou tel système oppressif, tout le monde racontera volontiers n'y avoir jamais cru, même lorsque la survie dudit système reposait précisément sur le désengagement cynique des masses.

De plus, la « désinformation » n'explique pas vraiment le sort populiste de nos démocraties non plus. Il ne fait pas de doute qu'on retrouve parfois sur les réseaux sociaux des opinions farfelues qui n'auraient aucun écho autrement, comme la thèse de la Terre plate. Mais la question est de savoir si cette désinformation a un impact réel sur la démocratie. La réponse est que la plupart des contenus partagés sont fiables, même s'ils sont évidemment un peu trop sélectifs. Les contenus extravagants ne sont pris au sérieux que lorsque la personne qui les partage a déjà des croyances extravagantes. Les gens qui croient que Barack Obama est un musulman dévot avaient déjà un très mauvais à priori sur lui dès le départ. Donc il est faux de dire que les réseaux sociaux polarisent, ou alors disons qu'ils exposent les individus à la tentation de ne chercher que les sources qui confirment leurs croyances préalables.

Même sur Facebook, les utilisateurs étudiés par les psychologues sociaux ont pu révéler que presque personne n'est en vase clos et que presque tout le monde accepte d'être tenu informé de ce que pense l'adversaire. Il semblerait bien que la « polarisation » amplifiée par les réseaux sociaux n'est pas un choix contraint. Les réseaux sociaux polarisent dans le sens où les gens sont libres de se défouler les uns sur les autres de façon irresponsable, mais il arrive aussi que certaines personne s'en servent exprès pour entendre un autre son de cloche et cultiver le doute. Donc tout n'est pas perdu — pour autant que Facebook s'abstienne d'intervenir dans telle ou telle élection, ce qui n'est pas du tout certain.

Le problème de la désinformation n'en n'est devenu un qu'après que les sources autorisées d'information se soient senties menacées par cette concurrence anarchique. On constate que les médias officiels ont perdu la légitimité qui était la leur à l'époque où les journalistes n'étaient pas insultés. Plus personne ne croit désormais que les journaux sont neutres, et c'est pourquoi sur les réseaux sociaux, certaines sources émergent comme plus fiables que d'autres via les commentaires. 

Pour Boyer, il est évident que l'origine du populisme est ailleurs, dans notre histoire évolutive. Mais au fond, on n'avait pas besoin de lui pour savoir que le populisme existait déjà avant les réseaux sociaux.

Lorsqu'on remonte à l'apparition des premières chefferies dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, on remarque que la pression du travail collectif et de la guerre a pu impacter notre sélection naturelle; Dans de nombreuses sociétés animales, on remarque des hiérarchies.

Dans le cas des sociétés humaines, la division du travail permet d'améliorer la survie du groupe, et l'une de ces divisions se situe entre travail intellectuel et travail manuel. C'est également pour la guerre que les chefs étaient choisis. Une guerre primitive pour le territoire et les ressources d'autrui.

Pour expliquer le populisme, Boyer propose de considérer ces deux grands contextes au suivisme en politique : production collective et guerre primitive. Dans le premier cas, le chef a des avantages en termes de pouvoir mais des désavantages en termes d'informations à acquérir pour garder le pouvoir — tandis que le subordonné a moins d'autonomie mais aussi moins de couts d'information. Donc le maintien d'une hiérarchie et l'absence de révolution dépend de ce que le coût subi en acceptant de se soumettre ne soit pas très élevé comparé aux avantages du pouvoir.

Dans tous les cas, sélectionner un chef permet de récolter les bénéfices d'une action coordonnée. Mais les qualités attendues d'un chef de guerre ne sont pas les mêmes que d'un chef de la production. Dans le premier cas, on sait que les cobayes des expériences de psychologie sociale font confiance aux visages dominants, et dans le second cas font confiance aux visages qui suscitent la confiance.

Et donc quelque chose dans notre société pousse les électeurs vers la rhétorique guerrière des politiciens qui ne s'embarrassent pas de rhétorique managériale. Et puisque nous vivons à une époque de crises multiples, il fallait s'attendre à ce que la rhétorique devienne plus guerrière.

Une dernière remarque : Boyer oublie un peu vite que les fonctions guerrières (ou diplomatiques) étaient élues par le peuple dans les premières démocraties grecques, alors que les fonctions managériales étaient souvent remplies par n'importe qui, si le citoyen tiré au sort avait le temps d'apprendre les ficelles du métiers — en vrai, ce n'est pas si compliqué que ça, c'est une question de temps. 

Si notre « démocratie » est en crise, c'est sans doute parce que l'élection, qui servait à jadis à désigner un stratège pour la guerre, sert désormais à désigner la plupart de ceux qui écrivent les lois. Il faut vraiment une situation d'union sacrée lors d'une guerre mondiale pour que l'élection n'aboutisse pas au conflit. Et donc je suppose que la polarisation pourrait être évitée si plus de fonctions électives étaient tirées au sort ou attribuées sur la base d'un examen anonyme.

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Publié le 18 Octobre 2026

J'ai écrit ce poème à l'époque où je voulais résumer les propriétés de la société telle que je ne pouvait en imaginer de meilleure. Je ne pourrai jamais abandonner l'espoir d'un monde meilleur. Toute mon existence deviendrait une défaite. Mais je peux renoncer à la violence tant que le système ne me force pas à choisir entre ma survie et mes idées.

C’est la zizanie, les zazous gagnent zéros,
Les milliardaires pourris se prennent pour des héros...
Mais nous on sait comment les remettre à leur place,
Le premier qui se casse en Suisse on le remplace !

La plèbe en arme jouira de sa victoire totale
À jamais soustraite à l'emprise du capital !
Citoyen enfuis-toi de ta prison mentale,
Découvre l’étendue de ta force vitale !

L’industrie sera enfin relocalisée,
La dictature de l’actionnaire sera brisée ;
Les stakhanovistes auront bonus et médaille,
L’étoile noire subira le retour des Jedi !

[REFRAIN]

Pour décroître la consommation mortifère
Sous la capacité de charge de la biosphère,
Il faut une planification informatique
Qui ne répondra qu'à nos besoins authentiques !

[REFRAIN]

Mais la RAFU n'est pas tour d'ivoire fortifiée,
C'est au peuple tiré au sort qu'elle veut confier
La constitution d'une septième république
Dont tout peuple exploité voudra une réplique !

[REFRAIN]

Frère dont la race opprimée ne peut s'accomplir,
L'esclavage de ce siècle on saura l'abolir !
Sœur baise qui tu veux et habille toi sans vergogne,
Le premier qui te manque de respect on le cogne !

                  [REFRAIN]

La France réapprendra à aimer l'avenir
Grâce à sa diplomatie qui doit devenir
Le moyeu d'une roue qui fasse tourner le monde
Et anéantisse pour toujours la bête immonde !

[REFRAIN]

Et jamais nous n'accepterons d'être restreints
Par les limites pathétiques de notre époque :
Notre confédération se traverse en train,
Transeurasien de Glasgow à Vladivostok !

[REFRAIN]

Puisque nous combattons les fausses évidences,
L'optimisme est notre suprême dissidence :
D'abord nous sauverons la Terre de l'asphyxie,
Puis nous partirons explorer les galaxies !

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Publié dans #Poèmes

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Publié le 18 Octobre 2026

Voilà un poème que j'ai écris à l'automne de 2025, à une époque où je me posais beaucoup de questions spirituelles. Le résultat n'est pas définitif, parce que mes recherches ne sont pas encore terminées. Je me suis décidé à le publier malgré tout, parce que je trouvais que c'est dans l'esprit du temps. 

Les Hébreux braconnaient, semaient et moissonnaient
Jaloux des oiseaux des cieux qui n’en sont jamais soucieux !
Condamnés à travailler parce qu’Adam s’ennuyait
Huit siècles ils l’ont attendu et puis il est descendu !
Celle qui fut rejetée accusée d’inventer,
Aura quand même enfanté un invincible été !
Les eaux du Léthé l’ont-elles faite amnésique,
Ou a-t-elle été éblouie de musique ?
Il a su mourir pour vivre, son absence te délivre
Du besoin de sacrifier aux dieux pour les pacifier !
L’esclave affranchi contemple la fin des marchands du temple, 
La terre sera distribuée à ceux qui ont contribué !
Tout est consommé, à toi les sommets,
Il sait délester ce qui t’attristait !
Des peuples ont aimé sa vie essaimée,
Et ont eu les yeux tournés vers les cieux !
Il a vécu et il vit pour ne pas que tu dévies,
Et il vivra peut-être si tu en fais ton maître !
Sujet-supposé-savoir quel était notre devoir
Son épée qui désunie fait désirer l’infini !
La dignité exigeait l’autonomie du sujet
Conjointe aux solidarités dont hérite le déshérité !
Nul ne sera sacrifié, vous serez tous qualifiés,
Et celui qui déclare forfait aura le droit d’être imparfait ! 
Le charpentier écrira, et le scribe assemblera,
Qu’importe nos origines, la même gloire nous destine !
Le glaive sera au musée, l’acteur pourra s’amuser,
Dès que l’Histoire se dénoue, la voie lactée est à nous !
Dire non à la bête immonde et vouloir changer le monde,
C’est se faire bouc émissaire des oligarques faussaires !
Face à l’égoïsme attisé par l’empire automatisé,
Résiste aux électrochocs que leur déraison provoque !
C’est son intervention qui abat les conventions
À la seule condition que tu passes à l’action !
Il s’est fié aux hommes pour fonder son royaume
Mais on ne peut le faire qu’avec une touche d’enfer !
Et la Terre-mère notre sœur accouche dans la douleur,
Du viol de ses agresseurs des idoles sans valeur !
Ô gens de bonne volonté, le déluge qui se dessine,
Peut à nouveau être évité sans que le mal ne s’enracine !
Nos sœurs les rivières infusées de métaux lourds,
Seront assez fières pour proclamer son amour !
Et nos frères les forêts consumés d’un feu usurier,
Seront régénérés et ouverts aux aventuriers !
Oublie le regard des autres qui pour des likes se vautrent,
Soit le bon Samaritain même en brouillard indistinct !
Seule la générosité vaincra l’animosité,
Mais ce message si profond, on le savait déjà au fond !

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Publié dans #Poèmes

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Publié le 16 Octobre 2026

La démocratie est-elle condamnée aux passions tribales et à l'opportunisme factieux ? Nous avons des opinions bien tranchées sur des questions qui ne nous regardent pas, et nous nous regroupons entre personnes de la même opinion lorsqu'il s'agit de la faire triompher. Cela nous semble normal, mais il arrive que les opinions soient chargées d'émotions au point d'aboutir à de la violence. C'est le problème de la « polarisation ». Respecter l'éthique de la discussion est un idéal très difficile à atteindre.

La vigilance épistémique

D'abord, il y a l'idée qu'on rejoint une orga parce que ses idées seraient proches des nôtres. Mais en réalité, les expériences de psychologie sociale montrent qu'on choisit nos opinions en fonction de celles de notre camp. Il suffit d'inventer une opinion à tel ou tel dirigeant respecté, et son partisan aura tendance à l'adopter simplement par respect pour ce dirigeant. Inversement, la même opinion est dévaluée lorsqu'elle sort de la bouche de l'adversaire. On a vu des adversaires de la vaccination devenir des partisans lorsque le dirigeant à la tête de la campagne de vaccination a été remplacé.

L'affiliation biaise aussi notre jugement moral. Si quelqu'un commet une faute dans notre camp, on lui trouve des excuses plus facilement que si c'était l'adversaire. Cela étant, il n'est pas forcément lamentable ou irrationnel de se fier à une autorité avant de décider ce qu'on va faire. C'est une question de « vigilance épistémique ». Vu comme le monde est plus complexe que notre cerveau, savoir trier les sources a toujours été une question de vie ou de mort. Et donc il est raisonnable de sous-traiter nos opinions à des gens qui y passent leur temps libre.

Et donc je ne suis pas quelqu'un de raisonnable. Ce phénomène que décrit Boyer est au cœur de la novlangue de 1984 de George Orwell : répéter ce que l'on entend sans réfléchir, c'est le duckspeak (ou canardlangue dans la VF). Répéter ce qu'on a entendu comme un perroquet sans y réfléchir, c'est le plus sûr moyen de faire le jeu de Big Brother. La canarlangue est à la fois compliment et insulte : si on répète ce que dit Big Brother c'est un compliment, et si on répète ce que dit ses ennemis ça devient une insulte. Et je déteste tant la canardlangue qu'il m'arrive de me disputer pour rien avec des amis.

Ce qu'il y a de curieux, c'est que la canardlangue s'accompagne de jugements moraux sur le voisin qui refuse la même opinion. Par exemple, il faudrait être immoral ou stupide pour refuser la taxation des plus riches, ou inversement pour l'accepter, selon le camp auquel on appartient. Pendant longtemps, j'ai été très patient avec les gens qui ne pensent pas comme moi. Je ne plaçais pas le problème sur le plan de la morale, vu que je ne considérai pas qu'être égoïste était immoral. Mais plus je deviens âgé, plus je tends à perdre patience. À mon grand regret, je suis en train de me polariser.

La psychologie coalitionnelle

Quoi de plus naturel que de chercher à se trouver des alliés dans nos projets ? La psychologie de groupe ressemble à un invariant de la nature humaine. Qu'on parle d'une association ou d'une nationalité, la question est de savoir si des phénomènes aussi variés peuvent être placés dans une seule catégorie. Depuis des temps immémoriaux, ceux qui survivent sont ceux qui savent le mieux s'entourer. Cette psychologie est relativement stable selon les contextes. Formulons l'hypothèse qu'un groupe agresse un autre groupe. Comment réagir autrement qu'en s'unissant ? Qu'on parle de deux clans en guerre l'un contre l'autre ou du syndicat contre le patronat, il s'agit à chaque fois de compter dans le groupe qui est en état de se battre et qui a assez d'autorité pour faire respecter la décision du groupe. Il s'agit donc de s'ingénier à trouver une solution aussi consensuelle que possible sur un nombre de combattant aussi vaste que possible, parce que c'est une question de vie ou de mort. Les membres ont alors tout intérêt à se surveiller les uns les autres pour vérifier le niveau d'engagement de chaque individu. Celui qui propose un compromis est interprété comme un lâche ou un traître. Il faut manifester son dévouement à la cause, comme lors d'un service militaire ou après un rite d'initiation. Autrement dit, il n'y a pas d'amour, seulement des preuves d'amour.

Bon ben voilà : je suis du genre à chercher l'exactitude et la cohérence quoiqu'il en coute, sans me soucier des conséquences, je suis donc un kassos. Je suis nul en psychologie coalitionnelle.

Donc qu'on parle d'une petite bande de chasseurs-cueilleurs ou d'un parti politique moderne, nous avons pour point commun de compter les uns sur les autres pour obtenir nourriture, assistance, protection et information. Exclure quelqu'un d'une interaction est un moyen sûr de provoquer du stress chez lui. Se sentir inutile, c'est se sentir en danger. Nous sommes donc à la recherche des groupes qui pourront le mieux accroître notre influence sur le reste du monde. Puisque la participation au groupe accroît notre puissance d'agir, l'incitation à coopérer est forcément ancrée en nous. 

Voici les tendances profondes de la psychologie coalitionnelle :

  • Nous considérons tel groupe comme une seule et même personne, et parlons du groupe comme s'il était doué d'une volonté générale cohérente.
  • Lorsque l'intérêt collectif a été contredit, nous le prenons comme une défaite personnelle.
  • Nous avons tendance à interpréter les interactions avec les rivaux comme un jeu à somme nulle. Tout bénéfice pour l'autre semble une perte pour nous et vice-versa.

 

Dès lors, d'où exactement vient la polarisation ? Pourquoi a-t-on tendance a rejeter les opinions ennemies comme fausses et immorales ? Souvent les opinions se font par paquet : aux États-Unis, les croyances sur les armes à feu et l'avortement sont sans surprise corrélées. Mais ce qui s'applique à la politique ne s'applique pas à d'autres domaines : les autres préférences, comme les goût et les couleurs, sont un peu moins corrélées à la politique. Ces ensembles d'opinion manquent souvent de cohérence à cause de telles ou telles alliances avec des groupes dont on estime que certains méritent plus notre aide que d'autres. En plus, elles se polarisent : aux États-Unis, l'avortement est devenu totalement inacceptable pour les uns et absolument permis pour les autres. Ces opinions sont des outils coalitionnels. Chose inquiétante, ceux qui sont dans l'ambivalence ou l'indécision sont plus méprisés que les autres. Le livre de l'apocalypse est clair : Dieu vomit les tièdes. On obtient une surenchère permanente de vertu ostentatoire. La dénonciation voire la délation est souvent incitée dans les mouvements extrémistes. Les accusés doivent alors être évités à tout prix. 

On assiste donc à la prolifération des factions au sein des parlements, c'est-à-dire les partis politiques. Parfois cela semble inévitable, comme lorsqu'il y a une forte opposition entre les pauvres et les riches — mais certaines querelles ont parfois sembler émerger de façon autonome. Il est arrivé que tel ou tel parti de gauche occidentale abandonne les classes populaires pour se concentrer sur les minorités d'une façon qu'il est difficile de réduire à un simple jeu de lutte des classes. D'autres partis politiques, au contraire, ont préféré rester minoritaire sans faire volte-face, comme les partis d'extrême droite qui n'ont mis de l'eau dans leur vin qu'à une période très récente.

La règle générale, c'est que lorsque la priorité des dirigeants d'un parti n'est pas la victoire mais l'emprise sur le reste du parti, les opinions extrêmes deviennent avantageuses.

C'est un dilemme assez banal : faut-il augmenter en taille, au risque de perdre son identité ?

Enfin, ce chapitre s'achève sur l'idée que notre nature est de s'associer, mais qu'elle n'est pas forcément de se comporter de façon grégaire. Il est normal de s'assurer du sérieux des néophytes, ce n'est pas une question de « tribalisme ». La psychologie coalitionnelle ne fait qu'expliquer certains comportements paradoxaux, comme la défense de thèses contradictoires ou la fidélité à un parti dont le programme a changé. Mais une culture peut parfaitement accepter l'existence d'avocats du diable.

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Publié le 15 Octobre 2026

Alors comme ça, la politique serait un ensemble de forces dont nous serions à peine conscients, sur une scène cachée ? Hé oui, l'esprit humain serait peuplé de croyances et d'émotions en lutte les unes contre les autres, comme le film Vice-versa. Pendant l'essentiel de l'Histoire humaine — ou disons depuis l'âge du bronze — le régime démocratique était une exception, et la plupart des sociétés avancées fonctionnaient avec les manières de roi et les front prosternés. Boyer pense que tous les êtres humains partagent une « mentalité politique » semblable à un ordinateur qui installe différentes formes de logiciels qui sont autant de régimes politiques : démocratie, autocratie, tribalisme, etc.

Il prend pour exemple le système politique hawaïen traditionnel. On considérait, avant la colonisation, que les familles dirigeantes possédaient le « mana », c'est-à-dire une qualité les différenciant des roturiers. Donc les droits fonciers étaient la propriété du dieu Lono. À chaque mort de roi, la Terre était redistribuée par la nouveau roi. Lorsque Boyer présente ce système à ses étudiants, il n'est jamais arrivé qu'on lui dise qu'il était extravagant. Même les étudiants des sociétés non-occidentales les plus égalitaires trouvent cela vraisemblable. C'est donc une situation « facile à penser ». Le seul mystère était la définition exacte du « mana ». Du reste, tout le monde s'accordait à considérer que les classes existent et n'ont pas forcément les mêmes intérêts. D'où deux questions :

  • D'abord, est-il aussi facile de croire que l'on puisse vivre sans roi ni prêtre ?
  • Ensuite, en quoi consiste la politique dans de telles communautés « traditionnelles » ?

 

Dans les sociétés de chasseurs cueilleurs, parfois qualifiées de « traditionnelles » même si les traditions peuvent changer, on trouve de nombreux éléments politiques invariants :

  • Une notion de communauté : le groupe a une existence propre indépendante de ses membres.
  • Un système de pouvoir : les conflits sont souvent arbitrés par le sage qui a le plus d'expérience — mais l'autorité qui abuse de ses pouvoirs risque d'être renversée.
  • La volonté générale : le groupe exprime toujours des désirs collectifs après de longues délibérations pour en arriver à un consensus.

 

Même s'il y a égalité, le pouvoir reste antisymétrique (X a un pouvoir sur Y qui n'a pas de pouvoir sur X) et transitif (si Y a un pouvoir sur Z alors X aussi a un pouvoir sur Z). Toutes les relations humaines n'obéissent pas à cette asymétrie : il arrive que l'amitié soit symétrique, ou que l'ennemi de mon ennemi ne soit pas mon ennemi. Mais c'est la définition même du pouvoir qu'il est asymétrique et transitif. On a observé que les enfants en bas âge sont du genre à être surpris lorsqu'ils observent une relation de pouvoir symétrique et/ou non-transitive. Nous faisons des déductions transitives en permanence sur la nature du pouvoir : lorsqu'on n'a pas d'autorité sur un adversaire, on cherche celui qui a autorité sur l'adversaire. Même dans les communautés les plus égalitaires, on sait ce que c'est que l'autorité asymétrique, avec qui discuter pour régler un différend. Toutes les sociétés possèdent le concept de chef, même lorsqu'elles s'ingénient à ce qu'il n'y en ai pas, pour savoir quoi éviter.

Remarquons que les principes d'antisymétrie et de transitivité sont aussi au fondement de la logique des Grecs, puisque pour enchaîner les syllogismes, il faut dire que A appartient à B qui ne revient pas à dire que B appartient à A, et que si A appartient à B et B à C, alors A appartient à C. Faut-il en conclure que la logique serait intrinsèquement politique ? Tout ce qu'on peut conclure, c'est que celui qui a réussi à faire une démonstration possède le pouvoir d'être incontesté. Or être incontesté et avoir du pouvoir, ce n'est pas exactement la même chose.

Chose intéressante, l'être humain suppose souvent que ses enfants possèdent une essence. Donc lorsqu'on demande à tel groupe si leur enfant éduqué par une tribu ennemie resterait leur enfant, ils ont tendance à répondre que oui. Pour croire que la tribu partage une essence, il faut supposer que :

  • Les membres du groupe ont quelque chose de commun,
  • Cette qualité est héritée,
  • Elle est aussi immuable.

 

C'est une façon de penser intuitive que nous l'appliquons spontanément aux animaux, et les sociétés animistes ont une distinction floue entre humains et non-humains. Il faut un certain travail de la culture pour conclure que nous ne sommes pas condamnés par notre essence.

On peut envisager que cet essentialisme résulte de la nature humaine, qu'il s'agisse du logiciel de base de notre cognition avant que la culture n'intervienne. Il y a donc un environnement de sélection. Pour passer de la perception à une hypothèse sur la réalité mentale, il faut des automatismes, comme lorsqu'on se met en garde en observant quelqu'un avoir l'air énervé. Ce travail de computation très complexe est en grande partie inconscient et relève de notre héritage. C'est la « théorie de l'esprit ». Les bébés ont l'esprit qui s'active lorsqu'ils observent un sourire, mais pas lorsque le visage s'éloigne. On sait quelles sont les zones du cerveau impliquées, parce que ceux dont la zone est abîmée répondent différemment. En résumé, la « théorie de l'esprit » intègre trois idées :

  • La capacité cognitive dérive de l'histoire évolutive,
  • Elle a besoin d'environnements spécifiques pour se développer,
  • Et elle varie selon les individus.

 

Attention à ne pas sombrer dans le validisme : dire de l'être humain qu'il contient la condition de parler, ce n'est pas dire qu'il doit la satisfaire forcément : on peut être muet sans être un sous-homme.

Alors quel est le rapport entre la théorie de l'esprit et la politique ? En fait, c'est la coopération permise par notre néocortex socialisé qui nous a permis de devenir collectivement des super-prédateurs. Si on arrive à déduire qui a du pouvoir sur qui, ou comment aboutir à un consensus, c'est parce que c'est une habitude qui est utile à notre survie.

Soyons un peu plus précis : l'entreprise de Boyer est difficile parce que l'être humain possède une certaine « cécité cognitive », c'est-à-dire une grande difficulté à prendre conscience des mécanismes inconscients de sa psyché. Nous savons bien que la plupart des émotions sont automatiques, mais nous avons du mal à comprendre ce qu'il reste d'automatique dans nos raisonnements les plus rationnels, comme lorsqu'une Karen demande à parler au manager comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Notre cerveau possède en effet une intuition géométrique tridimensionnelle et euclidienne, mais le reste exige un entraînement.

On a donc tendance à se représenter une image manifeste qui n'est pas une image scientifique. Cette image trompeuse est ce qui nous empêche de rendre transparent nos instincts hérités, de sorte que les notions de pouvoir, de domination et de solidarité ne sont jamais tout à fait transparentes.

Boyer propose donc un livre sur l'impact de la sélection naturelle sur nos raisonnements politique. Mais est-ce du darwinisme de droite à la Spencer ou du darwinisme de gauche à la Kropotkine ? Pour l'instant, il essaie de concilier la chèvre et le chou à la manière du centriste de service. Il va forcément finir par commettre une erreur, et je resterai à l'affut. La suite au prochain épisode.

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Publié le 12 Octobre 2026

Le premier expert à la barre de ce procès sur la nature humaine, c’est Pascal Boyer, un directeur de recherche au CNRS qui occupe une chaire d’anthropologie cognitive en université nord-américaine.

C’est un champ d’étude qui s’intéresse à ce que la culture fait à la cognition, rapproché de la psychologie pour cette raison, mais controversé dans les sciences humaines. Boyer est du genre à tenter de prouver que nous sommes câblés pour des biais cognitifs qui nous empêchent d’atteindre l'idéal que nous nous fixons. Le titre de la préface est fâcheux : « la politique, une affaire de biologie ». Il se concentre sur les facultés qu'on est censés posséder vu notre histoire évolutive. Cela semble validiste, mais c’est juste la façon grecque de définir l’humanité, en soulignant sa substance commune. 

Pour rassurer le lecteur, il vous dira que les idéologies totalitaires comme le communisme qui voulait créer un homme nouveau et le nazi-fascisme qui voulait détruire les sous-hommes niaient en réalité la nature humaine. Mais il ne veut pas non plus aller jusqu’à dire que le système actuel serait le meilleur de tous ; mais en réalité c’est cette nature qui assure la variété des solutions culturelles qu’on peut apporter à un même problème. Là encore, notre nature est en coopération, et non en compétition. Et même s’il était naturel d’être violent, les tribunaux resteraient utiles. C’est bien de dédramatiser la situation, mais cela ne prouve pas qu’il soit naturel d’être violent.

Puisqu’on vit dans une démocratie loin d’être idéale, mieux connaître certains instincts sociaux peut être utile pour éviter les conflits. Mais bon, l’orientation de Boyer reste libérale. On ne peut pas s’attendre à un miracle non plus. Tout ce qu’on peut attendre de lui, c’est un début d’explication pour savoir pourquoi l’idéal délibératif d’une éthique de la discussion maximale est aussi difficile à atteindre.  
 

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