Publié le 10 Août 2026

Partout autour de nous les mensonges et les secrets
Condamnent celui qui creuse aux regards indiscrets.
Notre meilleure défense c’est cette indifférence
Qui nous donne l’air suspect et évoque l’irrespect.

Certaines nuits on rêve d’incendier l’univers.
Mais ce n’est pas assez pour faire un fait divers !
Beaucoup témoigneront que je suis réaliste
Même un jeune vigneron par moment royaliste.

Les droits de la défense et le droit de la guerre
Sont les deux vraies leçons des luttes de naguère ;
Et je connaîtrai cet équilibre précaire…

Mais certains se sentent trompés et insultés
Quand l’étranger montre sa générosité ;
Libre à eux de rejeter mes folles idées !
 

Voir les commentaires

Publié dans #Poèmes

Repost0

Publié le 7 Août 2026

Je suis né au paradis où la vérité blesse

et les principes aiment à notre place,

C'est franchement pratique pour disgracier la noblesse

mais un peu moins pour briser la glace.

Ce manque d’empathie est en tout point suspect

pour qui connaît les dérélictions

Des éveillés dont la recherche de respect

ne trouve que peu de consolation.

Les divinités du chaos leur ont dit :

« je t’offre mon réseau pour partager ton fiel ! »

Et pourtant tous les jours restent des lundis

sans qu’on sache comment partir à l’assaut du ciel…

Or ce n’est pas vivre que de ne pas savoir,

te dis-je avec tous mes fruits défendus ;

Viens cueillir ce Grand soir qu’on ne peut entrevoir

jusqu'aux étoiles que par des voies ardues !

Pendant que le monde se désagrège,

informe-toi avant qu’un firewall n’aboutisse :

La France est la Mecque du sacrilège,

toutes les sectes du monde s’y attaquent en justice.

Cette cocotte-minute regarde l’abîme

de nouvelles années de plombs tous les cinq ans,

On y trouve de l’inouï en haut débit

mais les délinquants règnent sur les délinquants.

Les sujets existentialistes y savent jouir sans honte aucune

à la façon de Diogène sur l’agora.

Et les sujets sérénissimes y barricadent leur Commune

sans attendre d'obtenir d'un doctorat.

Je cultive en moi l’art de savoir démentir

un seul défaut de ma nation calomniée,

En jurant à l’humanité de garantir

qu’on y libère tous ses doutes faits prisonniers :

Perd toute certitude toi qui rentre ici,

le cerveau humain mérite mieux que l’opium

Fourni à ces étudiants que l’on initie

au multicoloriage de la quatrième Rome :

Est-ce que Netflix se fiche que tu comprennes

l’éco-planification volontaire de la Chine ?

Est-ce que Tik Tok voudrait que tu apprennes

le municipalisme libertaire de Bookchin ?

Je sais qu’un jour l’éduction nationale

nous fera tous chanter l’Internationale,

Pour la plus grande gloire de fraterniser

dans la septième république randomisée.

Et n’importe qui pourra être appelé

à exercer n’importe quelle fonction,

Sans être par son origine recalé

ni devoir exhiber sa componction.

Continue d’attendre Godot sur les écrans

du spectacle désintégré si ça t’amuse,

Ou lève-toi et marche vers le futur du cran

homérique de te ressourcer au chant des muses.

Voir les commentaires

Publié dans #Poèmes

Repost0

Publié le 6 Août 2026

"C'est à l'heure du commencement qu'il faut particulièrement veiller à ce que les équilibres soient précis." C'est ainsi que la princesse Irulan débute son Manuel de Muad'Dib, qui chronique les faits et gestes de l'empereur-Dieu de Dune (1965), et dont les extraits servent de narration intradiégétique au roman de science-fiction visionnaire de Frank Herbert, pour lequel il étudia intensément l'écologie dans le but de rendre vraisemblable la terraformation verdoyante d'Arrakis, exoplanète dans un premier temps désertique et relativement abiotique.

Nous savons tous que notre plus grande gloire hors des sentiers battus exige d'y laisser des traces de notre passage que les agents du spectacle ne manqueront pas d'examiner à la loupe le jour où notre notoriété antispectaculaire dépassera un seuil critique au-delà duquel les enjeux primeront sur le jeu. Ne suffit-il pas désormais d'un seul tweet offensant d'il y a dix ans pour ruiner la réputation d'un candidat à une élection décisive, sauf peut-être s'il connait l'art de s'autoflageller avec des orties fraîches en faisant des grimaces de componction ?

Si ça se trouve, peut-être as-tu terminé ton histoire avant même qu'elle ne commence, dans tes erreurs de jeunesse et autres bombes à retardement qui ont saboté tes plans parfaits ? 

Pour ma part, je suis moins concerné que les autres à cause d'un handicap qui exclut que j'occupe quelque poste à responsabilité : dans la belle cité de Platon, je ne peux pas finir guerrier, parce que les stratèges paranoïaques sont des dangers publics. Mais je peux à la rigueur finir philosophe si j'arrive à argumenter que c'est par ce genre d'erreurs que l'on apprend — même si les plus courtes resteront toujours les meilleures. Quant à mes erreurs enfreignant les règles qui garantissent ma compétence en philosophe, je peux dire que la plupart furent commise pendant que mon discernement était aboli ou altéré. Du reste dont je suis pleinement responsable, rien ne m'a encore l'air mortel dans l'absolu ; mais si certaines de mes paranoïas se révélaient exactes, alors de toute façon, il n'y aurait aucune honte à finir artisan. Disons donc que désormais, j'espère rester d'une vigilance inébranlable. Et puisque l'équilibre du début de mon épopée est question de mesure, il me faut débuter par une définition de la démesure.

M'étant interdit de resucer Wikipédia, je synthétiserai à ce propos l'entrée correspondante du Dictionnaire de la pensée écologique (2015) dirigé par Dominique Bourg et Alain Papaux aux éditions Quadrige. J'ai voulu étudier cette notion au prisme de l'écologie politique pour mieux comprendre comment une société aussi obsédée par la rationalité que la Grèce classique a pu s'abstenir des déprédations de la révolution industrielle, histoire d'imaginer un peu plus clairement comment modérer l'impact anthropique de notre système-monde du début du troisième millénaire en-deçà de la capacité de charge de la biosphère. 

L'entrée a été rédigée par Olivier Rey, chargé de recherche à l'Institut d'histoire et de philosophie des sciences et des techniques et enseignant au CNRS, à l'université Paris-I et à l'ENS. De telles fonctions où il a pu obtenir la reconnaissance de ses pairs en poursuivant des vérités au service du bien commun sans se soucier d'être démissionné par quelque petit chef, je lui fais plus confiance qu'aux marchands de doute stipendiés par les carbofascistes.

De sa page Wikipédia, on sait qu'il a écrit beaucoup d'essais sur la démesure technicienne et le mirage du progrès illimité — et deux romans qui adoucissent son austère doctorat en mathématiques. Il est catalogué comme un genre d'écologiste de droite, vu sa tendance à écrire pour n'importe qui, y compris des journaux peu recommandables — mais puisqu'il a semble-t-il un faible pour Ivan Illitch, Simone Weil et Pier Paolo Pasolini, nous pouvons croire qu'il est confusément à la gauche du Christ, et qu'il mérite donc toute notre attention.

Mesure et démesure

En français, la mesure désigne soit l'évaluation d'un relation ou quantité par comparaison avec une autre de même espèce, soit la juste mesure d'une action autolimitée et conforme à la vertu. C'est de l'absence de mesure au second sens dont on parle dans la démesure, et plus souvent dans l'excès que l'insuffisance, comme la maxime delphique "Rien de trop" gravée à l'entrée du temple d'Apollon. Toutes les vertus valorisées par les Grecs pouvaient devenir des vices passé un certain seuil critique, que ce soit dans leur mythologie ou philosophie. C'était que leur mythologie alertait sur les dangers qu'il y a être capricieux en perdant le contrôle de ses passions, puis que leur philosophie alerterait sur la nécessité de bien connaître l'ordre du cosmos avant d'oser le désordonner, au risque de déchaîner un chaos contreproductif.

En effet, cela n'est plus le fondement de la morale de l'Occident depuis bien longtemps ! 

Une rupture s'est produite au XVIe siècle, lorsque l'émergence du paradigme héliocentrique a permis à Galilée de proposer une autre théorie du cosmos, avec une humanité décentrée, des planètes homogènes, et un univers infini. Les mathématiques servirent alors à quadriller le monde et à séparer le sujet humain du reste de la nature, privée momentanément de toute portée éthique : ce qui existait n'indiquait plus rien de ce qui était censé exister. L'humanité pouvait alors se juger elle-même sans rien laisser d'autre la juger. Faute de se poser les questions que se posaient les Grecs, l'Occident a pu créer un monde nouveau en détruisant l'ancien, au point d'échouer à s'adapter face à ses propres nuisances. Cela devait arriver dès lors que le sens de la mesure était dévalorisé comme un manque d'ambition ou une pusillanimité par tous ceux qui voulaient permettre à l'humanité d'accomplir la totalité de son potentiel.

Cela étant, tout retour en arrière semble difficile, tant l'Occident a artificialisé le monde qui servait de mesure aux Anciens et Médiévaux, au point que les étoiles qui les guidaient sont devenues invisibles dans les grandes villes la nuit. Et donc Rey considère que l'usage le plus raisonnable des mathématiques se situe désormais dans la reconnaissance de ce que le monde n'est pas invariant par changement d'échelle, c'est ce que Galilée avait déjà compris dans son Discours concernant deux sciences nouvelles (1638) : lorsqu'on double la dimension d'un corps, son volume augmente deux fois plus vite que sa surface — c'est la loi des carrés et des cubes qui affaiblit les structures les plus grandes et permet de réaliser qu'un être vivant n'est viable qu'à l'échelle qui est la sienne, de sorte qu'un excès de croissance le désadapterait, et donc qu'une créature aussi colossale que Godzilla est mathématiquement impossible.

Mathématiquement impossible, mais mythologiquement nécessaire.

Mais passé un temps assez long à ne se soucier que de la quantité au mépris de la qualité, il se peut que nous perdions le contrôle, et que la seule régulation restante soit la catastrophe, quelque chose comme le châtiment divin portant le nom de "némésis" chez les Grecs anciens.

Face à cette éventualité, existe-t-il une alternative en dehors du verdissement du système pour le perpétuer un peu plus longtemps, et du transhumanisme qui espère au surplus adapter l'humanité a ses propres nuisances ? Si on refuse ce genre de surenchère dans la démesure technicienne, alors on peut débuter dès maintenant en triant les techniques, entre l'artisanat essentiel et l'industrie superflue, en gardant une proportion entre les moyens et les fins pour éviter de résoudre les problèmes les plus simples avec les techniques les plus complexes, et entre les fins et les facultés humaines pour éviter que la technique rende l'humain obsolète alors que ce dernier peut d'abord rendre obsolète ses fantasmes de toute-puissance.

Il s'agit donc de penser une décroissance. Le mot est lâché, il est beaucoup plus facile à dire qu'à faire, et il fait peur à tous ceux qui ont trop à perdre. Mais il n'est pas prêt de disparaître.

Et pourtant je vous dis que le bonheur existe !

C'est ici que je vais tenter de tirer ma propre conclusion de la définition de Rey. Au sens le plus matériel du terme, on fera moins d'enfants, on se serrera la ceinture, et tant mieux pour qui aura accumulé le plus de gadgets écoconçus, les autres recycleront les restes de l'ancien monde. Mais au fond, la décroissance n'est pas seulement un état du monde, c'est aussi un état de l'âme. On dit parfois un peu rapidement qu'il faut sortir du capitalisme pour sauver la planète, mais c'est là tirer des plans sur une comète qui peut encore agoniser longtemps avant d'exploser. Sous forme néomalthusienne et exterministe, avec les tickets de rationnement des dernières guerres mondiales, et des techniques de surveillance et de punition assez durables, c'est-à-dire en cas de barbarie écofasciste généralisée, le capitalisme peut encore durer quelques siècles obscurs — donc si la décroissance matérielle ne va pas avec une décroissance psychique, l'avenir ne sera pas plus désirable que la catastrophe qu'on cherche à éviter.

Mais pour l'instant, les partisans de la décroissance ont des réputations de "pères-la-rigueur" qui ne font pas vraiment rêver, ne sachant pas encore comment se rendre crédibles et désirables, malgré leur définition encourageante du bonheur comme "abondance frugale dans une société solidaire". Le pari de ce blog sera de rechercher des raisons d'accomplir ce bonheur dans la liberté des Grecs anciens, survenue après l'effondrement de l'âge du bronze récent, à comparer avec celui qui menace notre civilisation thermo-industrielle. Il n'y a qu'en étudiant les gloires du passé qu'on peut espérer se soustraire à la sinistrose du présent.

Voir les commentaires

Publié dans #Logomachies

Repost0

Publié le 5 Août 2026

Cette série d'articles proposera des définitions à des termes galvaudés, c'est-à-dire dont la puissance d'évocation est affaiblie par l'usage trop souvent abusif qu'on en fait.

Parce qu'au commencement de toute dispute dialectique, il y avait chez les Grecs anciens la première étape prudente de fixer une définition commune pour éviter un dialogue de sourd, surtout si la notion débattue avait un sens technique ou critiquable. Par contre, s'il arrive que deux adversaires discutent d'une même notion qu'ils n'ont même pas définie et à laquelle ils accordent deux sens contradictoires, alors on qualifie le résultat de logomachie, combat qui ne s'arrêtera pas avant qu'un combattant clarifie et impose sa définition à l'autre.

À partir de cette première logomachie, celle-ci désignera ici par extension toute tendance à parler autrement que la norme, et en changeant volontairement l'usage des termes — comme lorsqu'on soupçonne la norme d'être injuste, ce qu'on vérifiera à chaque article de cette série.

Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde.

Albert Camus, « Sur une philosophie de l’expression », Poésie 44, n°17, p. 21.

Voir les commentaires

Publié dans #Logomachies

Repost0

Publié le 3 Août 2026

Déclaration d'intention

Étranger que le hasard ou la nécessité a amené vers cette première bouteille à la mer, je te demande de bien vouloir me laisser te tutoyer comme cela était d’usage lorsque les Français savaient encore comment désirer sans fin la liberté de marcher sur la tête des rois et de croire que le bonheur existe ailleurs que dans les rêves et ailleurs que dans les nues. En retour, je te promets de distiller sur ce blog la quintessence de mes savoirs accumulés après avoir collectionné des sources luxueuses pour quiconque n'a que Wikipédia pour pleurer en épluchant ses sources invérifiables. 

Peu à peu, j’affecterai le renom d’être de ces esprits auxiliaires qui refuseront, encore et toujours, de déléguer la tâche de la fiche de lecture à des intelligences artificielles envahissantes. Non pas que je sois tenté par le djihad butlérien contre ces "machines à l’esprit de l’homme semblable" sans lesquelles nous serions libres de perfectionner notre cognition — encore que cet effet secondaire désirable reste plus que bienvenu ; c’est juste que je suis trop paranoïaque au sens clinique du terme pour me fier à un service gratuit dont les hallucinations incessantes me forçaient à vérifier chaque génération pour un gain de temps total médiocre, sans jamais réussir à générer la totalité des vérités que j'avais découvertes ailleurs que dans son pool d'information où l'on ne pèche que des lieux communs.

Mais pour peu qu'on n'en abuse pas avec une compulsivité climaticide, une IA peut à la rigueur être utile à un chercheur avec le temps libre de vérifier la réponse, et s'il sait où l'orienter dans sa question. Donc il me semble permis de poser une petite question à Mistral AI de temps à autre, si on a besoin de l’analyse du Docteur Watson, parce que Sherlock Holmes a besoin de ce dernier pour tomber dans le panneau de la mise en scène du criminel — étant entendu que quelle que soit l’analyse de Watson, Holmes devra se remuer les méninges pour trouver une autre analyse encore meilleure.

Sans nostalgie déplacée, l'animation à la force du poignet dégage un panache inimitable.

Mais le reste du temps, à moins d'appartenir à un institut de recherche ayant accès au nec plus ultra de l'IA ayant réfuté une conjecture mathématique irrésolue depuis presque un siècle pour la plus grande invisibilité du cerveau ainsi privé de l'euphorie de cette découverte, tout sujet révolutionnaire ferait mieux de se renseigner auprès d'autres révolutionnaires, sans offrir sa vie privée en pâture aux Big Data, surtout s'il apprécie ce que l'humanité offre encore de plus marginal, et donc extraordinaire. 

Et donc faisons simple : que mon lectorat sache dès à présent que les fiches de lecture paranoïaques de ce blog analyseront des sources difficiles d'accès lues intégralement par l'auteur dudit blog, et que toute synthèse qu'il y lira aura été excogitée sans IA — sauf indication contraire et dûment justifiée.

J'en ai décidé ainsi, parce que j'ai supposé que le secret de la potion magique, permettant aux âmes généreuses de se soustraire à l’empire qui n’a jamais pris fin, et de retrouver le bonheur et la liberté de certaines époques reculées, ne pourrait évidemment pas être retrouvé dans les nuisances sonores, les faux sans répliques, et le présent perpétuel qui nourrissent les IA génératives, en plus de l’énergie démesurée dévorée par leurs requêtes érotiques. J'ai juste l'intuition qu'une IA ne peut pas générer la révélation du moindre secret digne de ce nom. La vérité est forcément ailleurs.

Je trouve quand même que la 3D a dangereusement rapproché l'animation de la "uncanny valley", cette zone où les contrefaçons de l'humanité nourrissent nos cauchemars...

Le bonheur et la liberté

Il fut un temps où les esprits des Lumières, pouvant facilement bachoter tout leur temps libre faute de de nos diversions spectaculaires, n’avaient que ces deux mots à la bouche : le bonheur et la liberté

Il était commun de se moquer du bonheur végétatif promis par la religion à ces opiomanes cocus mais contents qui, pour aller en paradis, étaient plus disposés à supporter les injures qu’à les venger — et bien que nul ne pût garantir que la liberté suffise à trouver un bonheur digne de ce nom, au moins on s’accordait à dire qu’elle était nécessaire. Cela étant, s’il était le plus souvent admis que la condition du bonheur, c’était la liberté… quelle était la condition de la liberté elle-même ?

Des rayons de bibliothèques entiers sont occupés par les réponses diverses et variées à cette question. Mais pour remonter à la racine du problème, je peux au moins citer les deux réponses les plus anciennes que je connaisse. Ce sont celles des Grecs démocrates de la période classique :

Le secret du bonheur, c'est la liberté.
Et le secret de la liberté, c'est le courage.

Thucydide, Histoire de la Guerre du Péloponnèse, Livre II, 2.43

Le courage est la première des qualités humaines ;
elle garantit toutes les autres.

Aristote, in Éthique à Nicomaque

Dans le contexte, le courage était une vertu guerrière, parce que pour les Grecs, la force était une catégorie politique fondamentale, et le combat le père de toutes les lois : pour que la cité persévère face aux barbares qui veulent imposer d’autres lois, il faut que ses citoyens aient le courage de se battre pour défendre les lois de leur cité, et donc que ces lois leur permettent de s'accomplir — faute de quoi la cité risquera la guerre civile au pire, et la fuite de ses soldats vers une autre cité avec de meilleures lois au mieux. Est-ce là l’origine du mal de notre temps, la fin du courage ?

À vrai dire, notre époque ne manque pas d’audace dans la connerie, à en juger tous ces jeunes gens, parfois de classe moyenne mais en mal d’aventure, naguère prêts à sacrifier leur vie pour une secte mafieuse génocidaire du nom d’Organisation de l’État Islamique (OÉI) ou « Daesh » pour les intimes… Mais à ce sujet, rien de nouveau sous le soleil depuis l’époque des Lumières, même au soleil caniculaire et pyromane de l’année du cheval de feu 2026, tant on le déplorait déjà jadis :

N'est-il pas honteux que les fanatiques aient du zèle,
et que les sages n'en aient pas ?

Voltaire, in Le Dîner du comte de Boulainvilliers

(Il est surtout honteux de citer Voltaire sans le maudire...)

 

Cela étant, je ne trouve pas non plus que notre époque manque d’intelligence, tant nos bibliothèques universitaires regorgent de thèses inexploitées écrites par des gens qui n’ont aucune audience auprès des puissances établies, faute d'espérer faire financer leur projet par un système financier dont le souci n’a jamais été la liberté mais le profit. Dans l’enseignement supérieur à l’origine d’une telle surproduction des élites, ils ont obtenu la rémunération pour interpréter le monde, mais pas pour le transformer. Et ceux dont la pensée ne se manifeste pas ne se privent pas de manifester.

En connais-tu de ceux-là, étranger ? Des amis surdiplômés, quoique déclassés par l’IA générative, qui espèrent qu’un sauveur suprême vienne à leur rescousse en 2027 ? Et qui, en attendant, passent leur vie à vilipender les adversaires de la cause, avec la tactique de subversion immortelle du réseautage à l’abris de la haine sur BlueSky, et de l’annulation des artistes problématiques ? Ils sont intelligents, mais ils se dispersent dans des spectacles chronophages. Pour donner audience à leurs recherches, ils ont intérêt à interpréter le système dans ce qu’il a de pire, de penser la civilisation occidentale sous l’espèce des pires abominations qu’elle a pu engendrer — mais ce faisant, ils construisent un épouvantail bien plus facile à attaquer que la civilisation occidentale dans ce qu’elle a de plus séduisante. 

N'auraient-ils pas mieux fait d'étudier de près les méthodes de tous ceux qui ont vaincu l’ennemi sans le caricaturer après s'être remis en question ? Parmi toutes les intelligences qui conspirent dans les universités françaises, combien ont le courage de déclarer qu'un autre monde est possible, non par l'absurde de l'ancien condamné à périr, mais dans la gloire de ses métamorphoses méconnues ?

  • Combien sont ceux qui révèlent les secrets des socialismes autoritaires la Chine et du Vietnam, pour fonder des sociétés modérément prospères, avec une souveraineté économique maximale ? 
  • Combien sont ceux qui conspirent pour connaître les tribulations du peuple kurde au cours des guerres civiles syro-irakiennes, avec leur "confédéralisme démocratique" égalant les Grecs ? 
  • Combien sont ceux qui chroniquent la résilience du Rwanda, qui après la grande sorgue renaquit péniblement de ses cendres et tenta de destituer ses identités ethnoculturelles ?

 

Voilà trois expériences historiques fascinantes avec l’attributs de "modernités alternatives", c’est-à-dire l’éclectisme grâce auquel un sujet colonisé combine des éléments idéologiques disparates occidentaux et non-occidentaux pour se forger sa propre voie vers le bonheur et la liberté — sachant que sans un certain courage de s’autocritiquer, rien de tout cela n’aurait été possible.

Vraiment ? Hollywood n'apprend pas à ses opiomanes les arcanes de la gloire ?

L'empire du côté obscur

Alors pourquoi les "modernités alternatives" semblent-elles en voie de disparition ? Les spectateurs sont prêts à payer le prix du spectacle du super-pouvoir, mais pas du super-pouvoir lui-même. C'est vrai qu'un super-pouvoir coute cher. Mais je crois surtout que les super-pouvoirs font peur. Lorsqu'on ne sait pas les obtenir, il est tentant de se méfier ceux qui les ont obtenus.

Nous vivons une époque assez particulière de l’Histoire de l’Occident, où l’acte critique par défaut consiste à politiser la science — ainsi ai-je le souvenir de tel camarade levant les yeux au ciel : "Ah... Les neurosciences ! Ça, c’est vraiment une science de droite !" Mais il fut un temps où c’était l’inverse, où Karl Marx et les autres s’amusaient à scientificiser la politique en formulant les lois de l’évolution des sociétés humaines selon un mouvement de la lutte des classes, lequel n’était pas sans rappeler le mouvement des planètes. Cela n’était pas une bonne idée, parce que les êtres humains ne sont pas des planètes et ils n’aiment pas qu’on leur dise dans quel sens il faut tourner ! Après la chute de l'URSS, il en va de même, de nos jours, pour la pseudoscience économique bourgeoise de la "théorie du choix rationnel" qui suppose que les individus ordonnent leur préférences en multipliant les gains espérés à chaque décision par leur probabilité subjective, comme si l’univers tout entier était un casino. Or les psychopathes qui entendent gouverner une société comme on gouverne un casino (pas besoin de montrer leur photo, tout le monde sait déjà à qui on pense !) vont forcément nous truander, parce que la définition même d’un casino, c’est que "la maison gagne toujours"…

Et voilà que ceux-là même qui essaient de fonder des sociétés où tout individu serait à l’abris du truandage sont traités de fous par les esprits imbus de rationalité qui truandent les gogos en leur proposant des machines à sous dispendieuses contre de médiocres décharges de dopamine !

C'est là le paradigme de toute notre servitude hypnotisée par les écrans, du zapping devant un téléviseur jusqu'au scrolling infini sur nos écrans tactiles : le sujet distrait espère l'apparition de quelque chose d’intéressant, un genre de deus ex machina, avec pour résultat que tout ce temps perdu qui ne se rattrape plus ne pourra plus jamais lui servir à devenir quelqu'un d'intéressant.

Toute la rationalité des écoles de commerce se résume avec le slogan du Loto : "C'est facile, c'est pas cher, et ça peut rapporter gros !" Puisque ça peut rapporter gros à au moins un transfuge de classe, ce slogan n'est pas tout à fait mensonger — mais puisque ça ne peut pas rapporter gros à tous ceux qui auraient mieux fait de passer leur temps libre à s'efforcer de sortir de l'ordinaire et faire l'amour et la révolution sans espérer le Veau d'or en retour, il est tentant de prétendre, sous un régime aussi ubuesque, que la rationalité nous enfermerait dans la médiocrité du truandage systémique... Ou en tous cas déclarer : "Ah... La théorie du choix rationnel ! Ça, c’est vraiment une science de droite !"

Il fallait donc qu’un jour où l’autre, le côté obscur de la rationalité conduise à des tentatives de réhabilitation de l’imagination CONTRE la rationalité — surtout dans l'esprit du temps des époques où nul n’avait l’air moins rationnel que ceux-là même qui se prévalaient le plus de leur prétendue rationalité, et où des dissidents politiques estimables étaient séquestrés en clinique psychiatrique.

Et le dramaturge Eugène Ionesco, par l'absurde révolté contre les dogmes rationalistes de son temps, de déclarer avec une clarté symétrique digne des évangiles :

La raison, c'est la folie du plus fort.
La raison du moins fort, c'est de la folie.

Eugène Ionesco, in Journal en miettes (1967)

(C'est fou comme c'est fort.)

Seul le rap français a réussi à rivaliser avec la marche militaire de John Williams.

Folie des grandeurs

Mais bon... Cette rébellion, au prisme de l'éducation des esprits qu'elle a occupés, a pu aboutir à tout et n'importe quoi au final — dans le domaine des arts, aux manifestes flamboyants des avant-gardes surréalistes ; en passant, dans le domaine de la politique, par les destructions arrogantes de l'irrationalisme allemand ; jusqu'aux ambitions téméraires, dans le domaine de la science, des fallistes Sud-Africains (dérivés du slogan "Science must FALL") prêts à faire table rase de la science occidentale et la réimaginer en perspective afrocentré ; sans oublier dans le domaine de l'amour l'éloge fantasmatique de l'amour-fou de Tristan et Yseult par le communiste Michel Clouscard, lequel tenta ainsi de sauver le sublime contre sa marginalisation sous le capitalisme de la séduction libéral-libertaire.

Dans ces procès de vérité, on repère parfois quatre effets secondaires indésirables de la méfiance de notre époque envers le rationalisme : l'hermétisme, la démagogie, l'idéalisme, et le puritanisme — je ne dis pas que ces maux sont inévitables lorsque l'imagination est effrénée, mais je dis bien que l'imagination effrénée peut aboutir au meilleur comme au pire, et qu'il va bien falloir qu'on en parle :

  • HERMÉTISME EN ARTS : Il est parfois bon de ne rien comprendre à une œuvre d'art, comme lorsqu'on jouit des associations libres du cinéaste David Lynch, lequel voyait le donut, là où d'autres ne voyaient que le trou. Mais l’impératif de vulgarisation, qui incita jadis les penseurs de la modernité à abandonner le latin scolastique pour le français vulgaire, histoire que n’importe qui puisse accéder à n’importe quelle vérité, a laissé place à la poéticalité du néologisme gargarisé (a-t-on besoin de savoir ce que signifient archi-écriture, schizo-analyse, hétérotopie, lituraterre, etc., pour faire la révolution ?) La fonction de ce jargon est, selon ses partisans, de mieux nommer les choses courageusement ; et, selon ses ennemis, de rendre la critique difficile à qui n’aurait pas reçu l’initiation nécessaire. Puisqu'il semblerait en tous cas contreproductif de combattre l'élite par d'autres élites, l'auteur de ce blog s'assurera que tous ses occasionalismes restent transparents.
  • DÉMAGOGIE EN POLITIQUE : On a toujours raison de se révolter, et de faire de l'agit-prop auprès des bons peuples de l'Hexagone, en entretenant chez eux la flamme irrespectueuse des révolutions endurcies qui leur permirent jadis d'ébranler l'hôtel et le trône. Mais ce n'est pas de cela dont il est question de nos jours pour les bureaucraties occidentales, lesquelles cherchent surtout à s’attirer la sympathie des victimes parmi leurs usagers et électeurs par des reconnaissances identitaires reproduisant le slogan "Diversité, Équité, Inclusion" (DÉI) de toutes les firmes ayant cherché à caresser leurs clientèles diverses et variées dans le sens du poil. Des Nations Unies au CNRS, on finance donc le militantisme des initiés décidés à révéler tout ce qu’il y a d’artificiel et dépassable derrière tout ce qui semble naturel et immuable aux yeux du mâle blanc bourgeois boomeur hétéronormé qui refuse de coopérer (déconstruction) — et on finance également la valorisation des "savoirs dominés" élaborés par tous ceux qui cumulent plusieurs oppressions, avec leur "point de vue situé" impossible à reproduire lorsqu'on ne l'a pas expérimenté, de sorte que les dominants sceptiques, ou même les dominés s'inspirant des dominants, ne sont pas habilités à les critiquer (intersectionnalité). Quant à savoir si cette stratégie leur permettra de triompher des partisans du retour de bâton conservateur, nous en sauront plus à la fin de l'année 2027, lorsque les élections françaises et espagnoles nous permettrons de tirer un bilan provisoire.
  • IDÉALISME EN SCIENCES : Lorsqu'on est scientifique, les essais et les erreurs nécessaires pour avancer vers la vérité exigent de ne pas mépriser les gens qui se sont trompés par le passé ; mais lorsque l'imagination rend hommage aux vaincus de l'Histoire, le résultat est parfois déconcertant. Ainsi l’université d’Exeter en Angleterre a ouvert en 2024 un master consacré à la magie et aux sciences occultes — et c’est du premier degré au nom de la réhabilitation des savoirs dominés des sorcières jadis brûlées dans cette ville par le patriarcat et victimes d’épistémicide sous la méthode scientifique occidentale, à la façon de ces autres savoirs autochtones sérieux mais marginalisés au rang de superstitions par les colonisateurs. Cela étant, les étrangers qui auront accepté de payer les 25 550 livres sterling par an nécessaires pour assister à ces cours vont surtout émerveiller les touristes amateurs d'Harry Potter — ce qui est dommage, parce que les botanistes sont vraiment capables de soigner certaines maladies légèrement au-dessus de l'effet placebo.
  • PURITANISME EN AMOUR : Au domaine affectif, l'imagination décomplexée était jadis une chose aussi tragique que la jalousie paranoïaque et aussi sublime que les poèmes composés pour séduire, parce que l'instance régulatrice était le "surmoi", lequel représentait une interdiction de la jouissance immédiate au nom de l'imaginaire collectif de la morale. Or de nos jours, après l'effondrement des institutions surmoïques en Occident, (à l'instar de l'Église catholique, qui fit le choix bizarre autant qu'étrange de la liberté de conscience au concile Vatican II en 1962,) l'imagination a gagné une fonction inattendue : désormais, elle est censée nous aider à poursuivre un "idéal du moi" purifié de tout fantasme toxique, apte à assouvir ses penchants hédonistes sans opprimer personne. Qui pourrait être contre ? Cela ne pose aucun problème, tant qu'on s'abstient de laisser le sujet se complaire dans des histoires narcissiques, ou se défausser de ses échecs de jouissancesur le reste de la société... Je salue au passage la psychologue qui a monitoré mon neuroatypisme dans la longue durée, en s'abstenant de me dire ce que j'avais envie d'entendre !

 

De chacun de ces exemples, on peut supposer que l'imagination effrénée peut faire preuve d'arrogance et ne voir que midi à sa porteRéhabiliter l'imagination CONTRE la rationalité, s'est s'octroyer un pouvoir hénaurme, celui de rejeter tout savoir dont on ne partagerait pas l'imagination qui le légitime — un rejet qui peut consister à mépriser, sans éprouver aucun besoin d'argumenter ou justifier, pour peu que l'imagination rejette la valeur de l'argumentation ou justification. Étant en situation de handicap pour des raisons psychiatriques, j'ai trop souffert de la paranoïa pour ne pas me méfier de ceux qui font l'éloge de la folie sans l'avoir connue — et je résisterai à ces quatre tentations dans le présent blog. Au nom de ma santé mentale et de la vérité, mon imaginaire restera sous contrôle.

Dès lors, que faire lorsque l'imagination refuse toute remise en question — à la façon de ces hérétiques gnostiques, qui ont jadis rejeté le dogme du péché originel, pour défendre à la place la perfection pléromatique de leurs âmes avant la honte d'être emprisonnées dans les corps engendrés par le démiurge ? Trop bisounours pour organiser une légitime défense efficace, ils furent exterminés par des soldats romains assez rationnels pour supposer que tout le monde veut dominer le monde !

Parce que sans le latin, la messe nous emmerde — peu importe sa couleur.

Aimer à gagner la raison

Je ne vois pas de solution miracle pour sauver ceux qui ne veulent pas se sauver. Tout ce qu'on peut faire, c'est argüer que les Romains sont des usurpateurs qui ont détourné les inventions des Grecs.

Les êtres humains sont toujours contre la raison lorsque la raison les opprime, et parfois pour la raison lorsque la raison les libère. Autrement dit, la raison est un moyen terme envisageable entre le courage et la liberté, parce que l’homme libre est celui qui ne craint pas d’aller au bout de sa raison lorsqu'un dogme s'y oppose. Et donc, faire croire aux opprimés que la raison usurpée est la raison véritable, c’est encore là une méthode éprouvée pour les priver d’un sentier vers la liberté.

Camarades gnostiques, la raison est au poète ce que la Force est à Star Wars : son côté lumineux a été décimé après l'ordre 66. La rationalité, ou la mathématisation du discours, n'est pas née dans les eaux glacées des calculs égoïstes de Jules César, mais pour réguler les discours des démocraties grecques classiques, et éviter que les imaginations démagogiques n'y provoquassent des guerres civiles.

Le sommeil de la raison engendre des monstres — Francisco de Goya

La rationalité grecque était une opération de responsabilisation et de mise en garde des héros avec des super-pouvoirs contre la démesure, laissant un espace ouvert à une création humaine bornée par et pour des sujets appelés à unir l'imaginaire et la raison pour enfanter des merveilles. La maxime delphique "Connais-toi toi-même", entre toutes celles qui objurguaient la prudence aux adorateurs d'Apollon, avait beau sembler limpide aux Grecs, qui voyaient là un appel à ne pas se surestimer ou mésestimer, elle doit sembler bien mystérieuse pour qui préfère la simplicité de croire aux mythes du bon sauvage de Jean-Jacques Rousseau, ou de l'homme loup pour l'homme de Thomas Hobbes.

Mais voilà : en France depuis mai 68, nous vivons tous dans la dépression post-partum d'une révolution avortée, et la mésestime est devenue un sport national, à gauche comme à droite. Les révolutionnaires français, de culture rousseauiste, avaient traditionnellement réservé leur faculté d'irrespect aux institutions qui avilissaient le prolétariat avec des dogmes conçus pour le décourager dans sa quête de bonheur et de liberté, typiquement le péché originel, qui faisait obstacle à notre reconquête du paradis terrestre au-delà du capitalisme. C'est avec ce bon vieux logiciel que les mélenchonnistes de la chaîne YouTube Blast ont laissé à l'exégète Pacôme Thiellement la liberté de réinterpréter l'Histoire de France dans ses podcasts devenus des événements très attendus dans la gauchosphère francophone, intitulés "L'empire n'a jamais pris fin". Les premiers épisodes sont un plaisir absolu qui font entendre un autre son de cloche aux afficionados de l'Inquisition — malheureusement, les derniers sont devenus des règlements de compte contre les gauches accusées d'avoir pactisé avec le césarisme, pratiquant la loi du Talion de l'inquisition contre les inquisiteurs. C'est souvent comme ça, l'Histoire de la pop culture : la première saison se doit d'être géniale pour percer auprès du public ; mais la seconde nous agace, soit qu'elle ne se renouvelle pas, soit qu'elle se renouvelle trop et trahit la première.

Avant de déboulonner un dogme, il vaut mieux savoir quelle est sa fonction, histoire d'éviter les mauvaises surprises prévisibles. Le péché originel est une création du christianisme ancien pour résoudre la "crise pélagienne" du IVe siècle ap. J.-C. Le chrétien Pélage (~350/~420) était un genre de babacool celtique venu prêcher la bonne parole aux aristocrates de Rome peu avant sa chute. Les philosophes stoïciens étaient curieux d'en savoir plus sur le Christ, plus vertueux que Jupiter ; mais ils semblaient capables d'agir vertueusement sans l'assistance de l'Église. Pélage ne pouvait pas les convertir sans leur reconnaître la faculté d'aller en paradis pour leur bonne conduite indépendamment de toute les grâces divines que recevaient certains chrétiens incapables de se retenir du vice. Mais cette concession ébranlait de puissants intérêts chez les clercs qui voyaient là une menace à leur autorité morale sur tous les dépravés prêts à être généreux avec l'Église en échange de son indulgence. Il fallait aussi calmer la réaction montaniste réclamant le baptême des enfants dès leur naissance pour les sauver d'une souillure qui, si elle atteignait les chrétiens, devait à plus forte raison atteindre les païens. C'est là qu'Augustin d'Hippone (354/430) débarque pour rétablir l'ordre, conforté par l'actualité désespérante des invasions barbares, en fixant la doctrine du "péché originel" pour rendre indispensable la grâce divine à qui poursuit le salut. Pour rétablir l'autorité de l'Église, il écarta aussi l'hypothèse qu'une élite de chrétiens pût se sauver elle-même, argüant que nous serions tous tarés. Donc les gauches pélagiennes ont un talon d'Achille : leur confiance en l'humanité est compatible avec l'existence d'une élite (ou avant-garde comme on dit chez les léninistes) — et donc pour accoucher d'un pélagianisme populaire, il faudrait diffuser les vertus stoïciennes aux masses au forceps d'une révolution culturelle du développement personnel. Mais Thiellement étant trop anarchiste pour entreprendre ce genre de chinoiserie, il ne pouvait que s'arrêter à mi-chemin et pester contre toutes les arrière-gardes trop modérées pour comprendre que les Gaulois ont toujours raison et que Jules César a toujours tort.

Mais dans un ordre moral grec basé sur la crainte de la démesure, la question se pose différemment, et même de façon bien plus simple. Il ne s'agit pas d'un dilemme imbécile entre un paradis terrestre pour homme nouveau et le rachat sempiternel de la faute héréditaire d'Adam et Ève. Chez les Grecs, les caprices des dieux laissent au genre humain un espace pour refaire le monde. Puisque les lois de la Cité sont des créations humaines faillibles, il faut des lois pour responsabiliser les législateurs et les inciter à s'informer correctement avant de décider, les décisions étant supposées de meilleure qualité quand les décideurs jouent leur peau. Pour ne pas se laisser séduire par les simulacres démagogiques, on protégeait tout spécialement les lanceurs d'alerte, on jurait devant les dieux sincérité et exactitude, et on exigeait des débats contradictoires — parmi tant d'autres garde-fous précieux dont il n'est malheureusement jamais question dans l'hagiographie de la démocratie communarde par Thiellement.

Je n'en veux pas à Thiellement d'avoir tu la totalité de la contribution grecque à l'Histoire de France, comme si le gnosticisme des Sans roi pouvait pourvoir à tous nos penchants régicidaires. Pour sauver la cohérence de son idéologie sous forme narrative, il aurait fallu qu'il plaque sur l'Histoire des Grecs sa grille militante fondée sur un manichéisme qui n'était pas celui des Grecs, et il a préféré s'abstenir avec une prudence devenue trop rare de nos jours. En effet, les Grecs ont à la fois nourris réactionnaires et révolutionnaires, et les introduire dans son roman international aurait exigé de redoubler son travail pédagogique pour un rendement marginal décroissant, parce que nous vivons à une époque où les Grecs classiques sont l'objet d'une relativisation de la part des déconstructeurs occidentaux qui ont voulu assurer que toutes les civilisations avaient des assemblées avec des sages racontant des trucs intéressants, de sorte que la démocratie et la philosophie ne seraient une nouveauté qu'aux yeux des penseurs ethnocentrés. Les Grecs doivent de surcroît subir une légende noire basée sur la vulgate marxiste, qui voulut les réduire à leur esclavagisme décomplexée, quelque part entre les modes de production "asiatiques" et "féodaux", deux simplifications toutes aussi problématiques que le moyen terme qui les sépare — sans parler des féministes révoltées contre le "logos patriarcal" de ce mufle d'Aristote qui trouvait les femmes illogiques, encore que les petites Athéniennes auraient très bien pu être tout à fait logiques si elles avaient eu le droit d'apprendre la rhétorique, et que leur statut dans certaines cités grecques classiques était beaucoup plus ambigu qu'après leur christianisation. 

Cela étant, la renonciation excusable du camarade Thiellement à prononcer une plaidoirie en faveur des Grecs, pour ne pas passer des heures à réfuter cette légende noire, n'est pas sans amputer la révolution qui est la sienne de toute la contribution de la rationalité grecque à la révolution.

Mon objectif dans ce blog ne sera évidemment pas de sauver la thèse insauvable de la précellence des raisonnements grecs que Ernest Lavisse, mythographe de service de la IIIe République, voulut que tous les hussards noirs de la République instruisent aux petits Français, à savoir que : "L'Histoire de la Grèce et de Rome, c'est déjà notre histoire, puisque les origines de l'intelligence [rien que ça !] et de la politique moderne y sont déjà contenues." (in Instructions de 1890). Nous rejetons ce roman national parce qu'il ne rend pas justice aux contradictions des Grecs : leur intelligence leur servait surtout à se critiquer les uns les autres, et nous les trahirions si nous les mettions sur un piédestal.

Il s'agit de défendre la thèse beaucoup plus défendable que la rationalité ne peut être réduite à la technoscience thermo-industrielle occidentale (et désormais un peu chinoise sur les bords) qui menace les conditions de survie du genre humain en dépassant la capacité de charge de la biosphère — la rationalité débute plutôt lorsque les Grecs, après s'être permis de créer des constitutions démocratiques, où pour la première fois de l'Histoire de l'humanité, des dizaines de milliers de citoyens pouvaient être tirés au sorts pour exercer le pouvoir, fixèrent les buts de leur action et les règles qui la régiraient, en écrivant la loi (autonomos), en jugeant leurs hors-la-loi (autodikos), et en élisant et révoquant leurs gouvernants — stratèges, diplomates, trésoriers, etc. (autotélès). Dans ce contexte, les enjeux étaient tellement élevés qu'il fallait inventer une méthode rationnelle pour accroître l'efficacité de la rhétorique tout en écartant l'esbrouffe des démagogues. Et donc :

  • Ce n'était pas la tradition immuable du serpent arc-en-ciel des Aborigènes d'Australie, transmise de génération en génération depuis 40 000 ans — cela étant, les Aborigènes n'avaient pas besoin des syllogismes d'Aristote pour s'adapter parfaitement à leur environnement autrement.
  • Ce n'était pas non plus les tables de la loi qui tombent du ciel sur la tronche de quelque prophète sémitique au rap talentueux, ou les voix entendues par Jeanne la pucelle, notre gloire transgenre matriotique — cela étant, il se pourrait que la Constitution de Sparte (la "Grande Rhêtra") ait été révélée par Apollon via l'Oracle de Delphes... Et donc une nana sous psychotrope !
  • Ce n'était pas non plus les pétitions des fonctionnaires lettrés chinois à l'usage de leur empereur, les paysans chinois étant alors totalement exclus du débat public — cela étant, la rationalité chinoise antique fut capable de créer des techniques en avance sur les Grecs de la même période.

 

C'était l'ouverture d'un monde nouveau fondé sur la réflexivité collective et la liberté autolimitée, et où tous les citoyens pouvaient donc contribuer à créer des lois leur permettant de perfectionner leurs techniques dans un artisanat honnête, sans craindre d'être expropriés par des tyrans ou oligarques — tout en laissant les mécontents fonder des écoles philosophiques pour relativiser leur propre démocratie, lorsque leur vint l'idée bizarre autant qu'étrange de poursuivre des vérités absolues inaccessibles aux foules insensées après l'ingratitude désastreuse de la cigüe bue d'avoir fait mourir Socrate.

Et si vous croyez encore que tout cela n'aurait pas pu exister sans l'esclavage, alors vous vous fourrez le doigt dans l'œil jusqu'au coude, et nous aurons l'occasion de le démontrer plus tard : l'esclavage était un effet secondaire indésirable de l'avance technique des classes dominantes grecques sur les sociétés barbares circonvoisines, sans être l'essence du système: En attendant mes preuves, je puis vous assurer qu'il n'existe aujourd'hui plus aucune théorie sérieuse capable d’expliquer la richesse supérieure et les techniques avancées des Athéniens par des rentes plus élevées et extorquées à moindre cout qu’ailleurs à la même époque ; et même au contraire, les démocraties grecques étaient moins rentières que les oligarchies et monarchies grecques, lesquelles pouvaient taxer les pauvres plus facilement (au point que les partisans Athéniens de l’oligarchie dénonçaient le tirage au sort comme une sorte de "dictature du prolétariat" avec le même dégout que nos romano-droitards dévergondés envers le référendum d’initiative citoyen [RIC] des Gilets jaunes.) D’ailleurs, les partisans de l'oligarchie à Athènes ne s’y trompaient pas, vu qu’un Athénien pauvre était plus proche économiquement d’un esclave que d’un Athénien riche ; ce qui signifie d'une part qu'il y avait plus d'inégalités entre classes qu'entre races, et d'autre part que les esclaves athéniens gagnaient parfois un "pécule" pour leurs travaux, et essayaient d’épargner pour s’acheter eux-mêmes, un peu comme nos autoentrepreneurs ubérisés surendettés — ce qui était quand même assez surprenant pour une époque où 90% de la population mondiale vivait à son niveau de subsistance sans pouvoir épargner...

Je ne fais pas de la casuistique à deux balles pour relativiser l'esclavage athénien, parce que pour moi l'esclavage est absolument injuste à toutes les époques ; je ne fais qu’assurer à la camaraderie que la causalité a été renversée : on vous a raconté que les Grecs étaient supérieurement riches à l'aide de leurs esclaves, mais c’est le contraire : ils avaient des esclaves à l'aide de leur richesse supérieure — et de leur art de la guerre avancé dans le cas des Spartiates que la richesse intéressait peu.

Et donc pour fonder votre propre cité-État utopique inspirée de l'autonomie grecque, vous avez seulement besoin de trois choses : une campagne avec des paysans qui produisent de la bouffe, une ville avec des artisans qui produisent des armes, (étant entendu que pour tenir un siège et être souverain, il faut de la bouffe et des armes,) et enfin de bonnes lois qui forcent les plus riches à travailler au lieu de guerroyer pour capturer des esclaves, et permettent aux plus pauvres de forger leur artisanat solarpunk à l'abris des exploiteurs et dans la frugalité heureuse exacte de ce que la nature peut leur offrir — rien de plus, rien de moins. Et c'est pourquoi en vérité je vous le dis, pour les six coins de l'Hexagone et jusqu'aux quatre coins du monde... LA CITÉ GRECQUE EST UNE ZONE À DÉFENDRE !

Nous irons jusqu'à l'Histoire moderne tragique de la Grèce, parce qu'elle engage la France.

Jusqu'à la NAPSE

J'avancerai donc que les révolutionnaires les mieux renseignés avaient un faible pour les Grecs.

  • De ceux de mai 68, le plus connu est le philosophe et économiste Cornélius Castoriadis, du groupuscule "Socialisme ou Barbarie", un Grec moderne qui a vaillamment défendu l'honneur de ses ancêtres auprès de la gauche française, à une époque où leur réputation s'assombrissait, et qui rêvait d'une démocratie directe généralisée fidèle à l'événement inattendu, et pour tout dire inespéré, de l'autogestion des Conseils apparue le temps éphémère d'un joli moi de mai à Paris.
  • Le moins connu, c'est Guy Debord, philosophe majeur de l'avant-garde artistique de l'Internationale Situationniste et grand connaisseur en art de la guerre des Grecs à nos jours. Estimant que toutes les idées sont vides quand la grandeur ne peut plus être rencontrée dans notre existence quotidienne réduite à la passivité d'une vie aliénée, il pensait que nous devions passer tout notre temps libre, après avoir balancé notre télévision par la fenêtre, à s'ingénier à faire de notre vie une épopée admirable en étant l'auteur de haut faits et le diseur de grandes paroles, comme Achille aux pieds légers, nonobstant les obstacles spectaculaires qui conspirent à empêcher les prolétaires de devenir les grands hommes ou les grandes femmes qui font l'Histoire à leur place.

 

Il va me falloir citer la plus belle prophétie de Debord, d'un optimisme anachronique pour notre début de millénaire où la jeunesse ne sait plus rien de l'optimisme des gauchistes d'après-guerre. 

C'est la fin de la "Préface à la quatrième édition italienne de La Société du Spectacle" de 1979.

« Il est juste de reconnaître la difficulté et l’immensité des tâches de la révolution qui veut établir et maintenir une société sans classes. Elle peut assez aisément commencer partout où des assemblées prolétariennes autonomes, ne reconnaissant en dehors d’elles aucune autorité ou propriété de quiconque, plaçant leur volonté au-dessus de toutes les lois et de toutes les spécialisations, aboliront la séparation des individus, l’économie marchande, l’État. Mais elle ne triomphera qu’en s’imposant universellement, sans laisser une parcelle de territoire à aucune forme subsistante de société aliénée. Là, on reverra une Athènes ou une Florence dont personne ne sera rejeté, étendue jusqu’aux extrémités du monde ; et qui, ayant abattu tous ses ennemis, pourra enfin se livrer joyeusement aux véritables divisions et aux affrontements sans fin de la vie historique.

Qui peut encore croire à quelque issue moins radicalement réaliste ? Sous chaque résultat et sous chaque projet d’un présent malheureux et ridicule, on voit s’inscrire le Mané, Thécel, Pharès qui annonce la chute immanquable de toutes les cités d’illusion. Les jours de cette société sont comptés ; ses raisons et ses mérites ont été pesés, et trouvés léger ; ses habitants se sont divisés en deux partis, dont l’un veut qu’elle disparaisse. »

Et pourquoi Florence ? Parce que cette cité elle aussi a jadis expérimenté du tirage au sort pour s'autogouverner — et il n'y avait pas de moteur de recherche pour le vérifier à l'époque, il fallait s'aventurer dans une bibliothèque universitaire et poser la question à un bibliothécaire !

Pareil pour "Mané, Thécel, Pharès", c'est une manière hébraïque de prophétiser la ruine de Babylone, et qu'un petit malin ferait bien de graffer sur l'ambassade Israélienne. Sur ce blog je serai donc de ceux qui défendront la dignité du tirage au sort pour fonder une société où n'importe qui peut accéder à n'importe quelle fonction — pour peu qu'il ou elle en fasse l'effort nécessaire.

Au nom de l'avènement millénariste d'une Nouvelle Athènes Planétaire Sans Exploitation (ou NAPSE à partir de maintenant), je relève le défi lancé par le camarade Thiellement lorsqu'il débute chacun de ses podcasts par la formule rituelle désormais fameuse : "Je ne suis pas historien, je suis exégète. Et si vous n'aimez pas mon Histoire de France, écrivez la vôtre."

Je ne suis ni historien ni exégète, je suis juste un bachoteur de fiches de lectures, mais sans la notoriété antispectaculaire de Guy Debord pour que la BnF ne s'y intéresse. J'aime bien l'Histoire de France de Thiellement, mais puisque la pensée grecque n'y a pas place, j'aime mieux tenter ma chance.

Mon histoire de l'Hexagone débutera bien avant que Vercingétorix et Jules César n'offrent à Uderzo et Goscinny de quoi délirer, à la fondation de Massilia par les Grecs il y a vingt-six siècles, avec la dette des Gaulois envers les techniques des artisans massaliotes — puis on verra comment une amitié qui avait si bien débuté, par le mariage semi-légendaire de la Celte Gyptis et du Phocéen Protée, se fissura dans un conflit qui provoqua l'intervention fatale des Romains dans la région.

Mais avant de parler de Massilia, mes premiers articles remonteront aux germes les plus lointains de la révolution grecque, jusqu'à l'effondrement de l'âge du bronze récent, au XIIe siècle av. J-C., pour le comparer avec l'effondrement que nous annoncent nos collapsologues, et vérifier qu'il y a lieu d'être optimistes à long-terme, lorsque mille communes refleuriront sur les ruines de Babylone. Et nous ne dirons rien de l'Histoire de France avant d'avoir fait l'anthologie complète de la pensée grecque.

Victoire de la gauche aux élections présidentielles de 2027 selon CNews.

Raison de plus

Contre l'usurpation de la rationalité par les cyborgs césaristes, j’affirme qu’il n’y a absolument rien de rationnel dans la « théorie du choix rationnel ». C’est juste le pari de Pascal des margoulins qui ont remplacé le paradis par la marchandise. Pour peu qu’on refuse d’admettre que la marchandise soit paradisiaque, alors ceux qui espèrent être sauvés trouveront leur salut ailleurs — et pour peu qu’on pense que la marchandise soit infernale, alors il est également rationnel de ne pas en avoir besoin.

Venons-en au fait. j’aurai ici assez de sincérité pour reconnaître que je trouve exact d’affirmer qu’il n’y a aucune contradiction entre imagination et rationalité, et je vais donc fixer trois principes pour encadrer toutes mes créations de ce blog

  1. Principe d'interrogation illimitée : pour aider l'imagination à atteindre ses objectifs, la rationalité se doit de vérifier les forces et les faiblesses de cette imagination sans tabou — surtout à une époque où la rationalité a plus que jamais besoin d'une imagination efficace après que la méthode scientifique est devenue trop complexe pour se fonder sur des évidences, comme aux premiers temps de la philosophie cartésienne. Mais lorsque la rationalité critique l'imagination, cela ne peut être que pour sa plus grande gloire, et en aucun cas pour la blesser.
  2. Principe de consentement libre et éclairé : l'imagination a le droit inaliénable et sacré de mépriser toutes les critiques formulées ainsi par la rationalité — mais pas de refuser aux autres imaginations le droit d'accepter ces critiques, parce que la liberté des uns s'arrête où commence celle des autres. Inversement, la rationalité n'est pas tenue de rectifier ou retirer ses critiques si elle les a formulées respectueusement et si l'imagination a refusé d'argumenter.
  3. Principe d'imagination reconstructive : si l’imagination veut critiquer les critiques qui lui sont adressées par la rationalité, alors il va lui falloir consulter une rationalité alternative, ou développer sa propre rationalité. Toute tentative de critiquer la rationalité par des moyens assumés comme irrationnels sera interprétée comme une simple opinion personnelle et respectée comme telle, mais sera opposée à d'autres opinions personnelles non moins respectables.

 

Tels sont les trois principes provisoires sur lesquels ce blog va se fonder, et que j’entends représenter chaque fois que je me servirai de mon imaginaire et de ma raison pour contribuer à créer une société telle qu'on ne puisse en imaginer de meilleure, et où évidemment le truandage n’aura pas sa place.

La marche sera longue, et je ne sais pas combien de temps elle durera, parce que certaines de mes fiches de lectures sont prêtes depuis l'âge antihéroïque de la Crise grecque de 2015, alors que d'autres livres se sont empilés et attendent toujours ma lecture. Il se pourrait donc qu'il y ait de longues interruptions entre deux articles, surtout si j'arrive à trouver un travail à la rentrée pour m'occuper, et je m'en excuse. Mais au moins, j'ose espérer que la qualité sera là.

Pourquoi ai-je attendu aussi longtemps pour passer à l'acte ? Les événements ont fini par avoir raison de moi : j'ai croisé un lycéen de la Gén Alpha n'ayant jamais entendu parler du désastre de 2015 ; puis un think tank d'ultra-droite acronymé Projet PÉRICLÈS m'a fait gerber ; et enfin Hollywood s'est permis de netflixiser l'Odyssée d'Homère pour en faire un péplum inclusif et prétentieux ne révélant absolument rien de ce qui avait la moindre valeur pour Cornélius Castoriadis et Guy Debord.

Le dernier mal contenu dans ma boîte de Pandore, c'est-à-dire un certain attentisme beckettien, s'est s'envolé. Je vais donc partir à la recherche de Godot avant d'avoir tout lu, et faire du raffut avec mes pavés sous le bras à balancer dans la gueule des cons qui osent tout, c'est même à ça qu'on les reconnait, histoire d'éclairer mes cousins trop jeunes pour avoir eu le cœur brisé en 2015, et on verra bien si une divinité sort de la machine pour commenter cette action délirante !

Étranger qui a lu mes considérations à la limite de l'hérésie jusqu’ici, puisque je viens d’argumenter que ma quête de bonheur et de liberté est impossible sans le courage de l’éclectisme hors des sentiers battus, n’oublie pas de m’envoyer un message ou un commentaire chaque fois que je délire un peu trop. Il n’y a pas que les cons qui osent tout, il y aussi ceux qui ne délibèrent avec personne.

En échange, sois certain que je n'aurai pas l'orgueil de l'hérésie. Tout le monde espère de nos jours le quart d'heure de célébrité d'avoir fait quelque chose d'étrange et extravagant pour briser la monotonie de son époque — mais outre ces gesticulations spectaculaires inconséquentes, j'ai assez étudié l'histoire des hérésies pour savoir que les vraies hérésies affaiblissent leur Église face aux barbares.

Et donc je ferai ce qu'il faut pour ne pas marquer de but contre mon camp. Le programme de mon parti politique (pour l'instant unipersonnel) de la RAFU restera donc très obscur jusqu'au seuil critique au-delà duquel je pourrai protester sans me soucier du risque de nourrir la bête immonde qui menace de triompher de mes frères sauvages pendant l'année périlleuse du mouton de feu 2027. 

Pourvu qu'elle porte mal son nom, celle-là !

Cette chanson n'a pas été pensée pour la NAPSE, mais on peut l'exapter sans problème pour les besoins de cette cause, parce que vouloir l'âge d'or est plus que jamais révolutionnaire...

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 2 Août 2026

Salut le peuple ! Ô compatriotes des six coins de l'Hexagone et collocutaires aux quatre coins du monde, bienvenu dans mon laboratoire !

Je serai chaleureux dans les limites de mes capacités, et j'ose espérer que vous le serez réciproquement si vous aviez une question à me poser — c'est précaution élémentaire quand le blizzard qui s'est emparé du monde s'apprête à dépasser les bornes et subvertir tous les garde-fous de la psyché.

Mais au soleil de plomb qui troue la tête des oiseaux d'Occitanie sous un mistral perdant qui teste la ténacité de nos soldats du feu, (en rebelotte après que 384 millions d'hectares de forêts étaient partis en fumée à l'échelle mondiale en 2025, dont 45 rien qu'en Australie qui perdit la surface de la Suède — d'après les données du "Global Wildfire Information System" infographiées pour la page "Big Data" du n°61 du magazine de vulgarisation scientifique Epsiloon de juillet 2026), vous aurez compris que le blizzard dont il est question ici n'a rien à voir avec la disgrâce estivale qui est en train de générer les pires sinistres agricoles de France depuis 1945 selon les chiffres provisoires de Serge Zaka.

Préparons-nous pour des étalages clairsemés — et peut-être pour des émeutes...

C'est en fait du refroidissement des âmes dont je parle, parce qu'à mesure que le climat global va se réchauffer, il n'y aura pas seulement érosion de la biodiversité, mais aussi érosion de l'empathie.

Sur l'autoroute doublé par un chauffard, nul n'a peur d'être entendu et d'insulter copieusement ; mais à l'heure du constat, la peur du combat inhibe notre action et met nos sens en éveil. Lorsque nous sommes en présentiel, ou même au téléphone, nos neurones se synchronisent face à l'altérité dans sa communication non-verbale et l'intonation de sa voix. Mais sur internet, le distanciel désincarne les subjectivités et déchaîne la lutte pour la reconnaissance au-delà de toute mesure. Ainsi les fameuses nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) qui étaient censées nous rapprocher ont en fait aggravé nos séparations spectaculaires et multiplié les opérations de déstabilisation psychologique. Puisque sur ces plateformes nul ne craint plus le combat, chacun peut y jouer à devenir le maître de la dialectique de G. W. F. Hegel sans réfléchir aux conséquences de ses actes.

Ayant moi aussi connu la déréliction de prêcher dans le désert, je regrette beaucoup d'avoir éprouvé si peu d'empathie pour des gens qui semblaient préférer s'arracher l'oreille avec un rasoir qu'écouter mes arguments. Cela affecta ma santé mentale et je me suis assez éloigné des réseaux sociaux.

Or la leçon de la dialectique immortelle de Hegel était pourtant que le maître, par son oisiveté, était condamné à connaître une atrophie cognitive pendant que son esclave perfectionnait son intellect dans un apprentissage fondé sur la neuroplasticité. Et l'esclave en train de gagner en puissance, ce n'est pas le moindre utilisateur de X pendant sa "minute de la haine", c'est une mégamachine algorithmique qui récolte nos données pour mieux manipuler nos opinions en périodes électorales à la force des faux sans réplique qui occultent le secret généralisé des nuisances de la marchandise.

Dans l'œil du cyclone

La France, pays où j'eus la fortune périlleuse d'être jeté sur les rivages de l'existence, est à cet égard lieu de paradoxes. Entre autres lamentations pour un âge d'or qui n'en était pas vraiment un après la dernière guerre mondiale, nous tapons encore au-dessus de notre catégorie, peu importe ce que nos journaleux vendent encore avec notre dégringolade dans certains classements internationaux.

Rapport de l'Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) déterré récemment

Avec moins d'un pourcent de la population mondiale, nous n'en sommes pas moins une puissance atomique souveraine essaimée sur tous les océans avec le privilège d'un siège de véto aux Nations Unies et des banques systémiques transfusées par des ponctions budgétaires parasitaires. Et ce nœud gordien est vulnérable à la volonté tranchante de quiconque s'emparera des prérogatives de sa monarchie présidentielle. Elle est tout de même paradoxale, cette soi-disant "démocratie" où tous les cinq ans, un clergé médiatique à la botte de neuf milliardaires demande à la plèbe d'acclamer un clown !

Dès lors, nous ne pouvons pas feindre d'ignorer que le jour où la patrie des Lumières s'éclipsera, la Terre s'arrêtera momentanément de tourner. Les enjeux sont tellement élevé que tous les cinq ans, des quarterons de journalistes d’investigations, détectives privés, hackers et autres agents secrets font de la France leur théâtre d’opération pour salir leurs champions respectifs ; et nous assistons donc désormais à des métamorphoses kafkaïennes de routine chaque fois que le pet de travers d'un vétéran jadis imprudent remonte à la surface tel un torrent de merde après une longue latence.

Dans un tel contexte, les Français ont-ils bien conscience de ce que les divinités du chaos ont l'intention de leur faire subir en 2027 ? Oui et non, et c'est là un paradoxe supplémentaire.

Les Français se doutent bien qu'ils sont le centre de l'attention des puissances établies, ne serait-ce que parce qu'ils sont au sommet des classements internationaux lorsqu'il s'agit de sonder leur sentiment d'être surveillés ou censurés, même si on ne sait pas exactement par qui, comment et pourquoi.

Même les Étasuniens et Hong-Kongais avouent moins, c'est dire....

Cela étant, le regard des autres n'a pas l'air de les inhiber, et au contraire semble même dynamogène, tant on sait qu'ils sont aussi les twittos les plus violents d'Occident derrière les États-Unis.

Mais pourquoi sont-il si méchants ? PARCE QUEEE !

Paradoxalement, les Français chérissent les effets dont ils déplorent les causes, tant ils se plaignent d'être observés après s'être défoulés sur leur prochain. Dans un tel contexte, quel que soit le vainqueur de l'élection si elle n'est pas annulée comme naguère celle de Roumanie — mais j'exagère-là à dessein vu que des mesures préventives sont préparées — le débat public va se putréfier rapidement, surtout autour de la morsure israélo-palestinienne, nous laissant l'impression d'assister à un accident de voiture au ralenti du point de vue du mannequin de crash test. 

La France mijote donc dans une barbarie de basse intensité, telle une cocotte-minute prête à exploser — de là vient que certains de ses politiciens envisagent d'interdire X pendant les élections. Mais cela ne résoudrait pas le problème : ce que douze millions de Français sont capables de déféquer dans un commentaire sur X, ils sont aussi tout à fait capables de le déféquer dans un bulletin de vote.

Je suppose donc que nous ressentons tous cette érosion généralisée de l'empathie, même ceux qui s'abstiennent de réseauter : lorsqu'un sujet n'est pas reconnu pour sa contribution, son ressentiment épuise son empathie pour quiconque avec qui il s'agissait de coopérer.  Je constate partout autour de moi des gens qui n'éprouvent plus d'empathie que pour leur propre tribu, et leur respect pour l'universalisme se fait la malle en silence. Ils sont adorables en face à face, mais je ne donne plus cher de leur âme face aux tentations. Combien auront assez d'inspiration pour y résister en cas de froiduration ? Même si j'avais le brûle-gueule pour les faire fondre, je préférerai mieux ne pas le savoir de si tôt...

Aux alchimistes de l'enfer glacé

Mais toi qui a lu ma prophétie de malheur jusqu'ici, tu sais bien du titre même de ce blog que je n'ai pas encore sombré dans le découragement. Il va falloir carotter la couche de glace qui recouvre les magmas sous-marins de la mémoire du futur pour analyser dans ses bulles d'air l'atmosphère de l'Atlantide pendant l'Âge d'or — qui est, faut-il encore le rappeler, l'âge où l'or ne régnait pas.

Lorsque le temps spectaculaire est plus que jamais gaspillé pour alimenter un renouvellement technologique exponentiel incapable de nous extraire de notre présent perpétuel ridicule autrement que par l'attente ahurie d'un cataclysme, l'acte le plus révolutionnaire consiste encore à consacrer son temps libre à développer ses compétence révolutionnaires et contribuer à la réflexivité collective.

Ce blog proposera donc plusieurs séries d'articles où je distillerai la quintessence de mes connaissances accumulées pour rapprocher mes concitoyans séparés par le spectacle, parmi ceux qui auront le potentiel de résister à la tentation de l'inhumanité qui vient, nonobstant toutes leurs idéologies diverses et variées, et pour leur donner des raisons d'être optimistes, en partageant mes fiches de lecture narrant les passés les plus lointains et glorieux qui échappent à la sinistrose du présent.

Je partagerai là mes travaux préparatoires à l'écriture des règles d'un sport de combat dialectique que j'ai proposé il y a peu à une association d'éloquence et à un formateur à la prise de parole en public, pour disputer en chair et en os face à un public et avec des arbitres, à la façon des joute oratoires que pratiquaient les Grecs de l'époque archaïque lorsque leurs citoyens-soldats devaient élire le stratège avec les meilleurs arguments et en écartant les sophismes. Cette série d'article s'intitulera :

LA DISPUTE HÉROÏQUE

Ensuite, je partagerai mes fiches de lecture sur le thème des cités-États grecques dans l'antiquité, pour critiquer la légende noire qui réduit cette civilisation à son esclavage et minimise sa contribution révolutionnaire à l'Histoire de France, et surtout y discerner les germes d'une société autonome plus respectueuse du genre humain et du reste de la biosphère. Cette série d'article s'intitulera :

LA CITÉ GRECQUE EST UNE ZONE À DÉFENDRE

Du reste, il m'arrivera de proposer des articles dans d'autres séries, qui seront rajoutées à cette liste passé le seuil où leur taille le justifiera — mais je vais y aller mollo pour ne pas m'éparpiller.

Je me permettrai également de poster des messages sur les réseaux sociaux pour faire la publicité de ce blog, mais en minimisant autant que possible les échanges avec les autres utilisateurs, lesquels pourront toutefois s'exprimer dans les commentaires de ce blog — et peut-être même recevoir des commentaires à ces commentaires, pour peu que la question exige une réponse. 

C'est un rêve difficile que celui que j'ai l'ambition d'accomplir, et les temps sont durs pour les rêveurs. Mais un sage a dit un jour que le soleil ne se lève que pour ceux qui viennent à sa rencontre — et si nous sommes assez nombreux, alors nous pouvons espérer que ce soleil soit plus beau que les anciens mensonges. En attendant de le rencontrer, pense à partager ce que tu préfères sur ce blog.

Voir les commentaires

Repost0