Publié le 1 Octobre 2026
Sur les blogs des « néoréactionnaires » qui ont dernièrement jobardé ce qu’il reste des États-Désunis d’Amérique, on trouve tout un tas d’arguments plus ou moins foireux qui ont de quoi alerter tout irréductible gaulois qui se respecte : le citoyen Curtis Yarvin et ses partenaires de fortune ont forgé l’idéologie de droite la plus élitiste du moment, celle qui acclame l’entrepreneur-Roi, comme Elon Musk, mandaté par ses adulateurs pour rendre l’État fédéral aussi efficace et hiérarchisé qu’une start-up. C’est le genre d’idéologie que seule une classe intellectuelle d’ingénieurs pouvait engendrer : il faut croire avoir des compétences rares et indispensables pour mépriser la plèbe à ce point.
On parle parfois de « modernisme réactionnaire » pour désigner tous ceux qui idolâtrent la technique tout en méprisant les idéologies des Lumières — mais la modernité n’est pas la technique, c’est un rapport particulier au passé. En plus, une technocratie est vaguement oligarchique, qu'elle soit favorable aux Lumières ou non. Je les qualifierai de « techno-césaristes », pour bien désigner leur mépris absolu pour les aspects les moins inégalitaires et autoritaires de la république de 1776.
Les néoréacs sont également connus pour un mépris anticlérical assumé pour la « Cathédrale », ainsi qu’ils surnomment le politiquement correct de l’égalité entre les êtres humains et de la démocratie qui va avec, incarné par les universités publiques, les médias sociaux-démocrates, et les fonctionnaires supposément trop nombreux. Cette cathédrale serait issue du « Synopsis », du fond anthropologique puritain évangélique de la blanchité nord-américaine, expliquant pourquoi elle manifesterait autant de vertu ostentatoire hypocrite. C'est une chose curieuse que la droituration visible en Amérique du Nord.
Mais ne nous racontons pas d’Histoire : lorsqu’un droitard méprise le christianisme, ce n’est jamais pour les bonnes raisons. Par exemple, l’un de ces bloggeurs s’est choisi pour pseudonyme « Bronze Age Pervert », et il n’y a pas de faux-ami là-dedans. C’est du virilisme païen à la mords-moi-le-nœud, du genre à accuser le christianisme d’avoir efféminé le monde. Espérons que ce phallosophe scélérotomane au cerveau ramolli par la testostérone finisse sa vie minable dans le même asile de fou que Friedrich Nietzche après avoir embrassé le cul d’un cheval.
L’âge de bronze n’est pas une période de l’Histoire de l’humanité qui évoque quelque chose de positif pour les gens de gauche. Elle dura plus de mille ans, mais on y trouve surtout des manières de roi et des fronts prosternés. Ce n’est vraiment qu’avec les premières démocraties grecques de l’âge du fer que la malédiction a été vaincu, lorsque les Athéniens et leurs alliés triomphèrent de l’empire Perse. Pour expliquer cette anomalie, les néoréacs assureront que cette démocratie-là était vachement inégalitaire, et personne ne me viendra en aide face à cet argument massue répandu à droite et à gauche.
Aujourd’hui, au lieu de réfuter cet argument massue, on va plutôt parler de l’enrobage scientifique auquel carbure la néoréaction : les neurosciences réductionnistes qui nous assurent que le statut social serait corrélé au QI, et que notre cerveau serait tant câblé pour la domination que la démocratie serait condamnée à l’émotivité tribale, l’opportunisme factieux, et la guerre de tous contre tous.
Moi aussi je suis HPI, mais du point de vue de ces gugusses partisans d’une technocratie absolue de droit darwiniste, j’ai gâché mon potentiel, parce que j’ai préféré faire confiance au peuple et cogiter pour l’abolition des privilèges. Pour cette première vulgarisation de l’Académie des Shadoksciences, consacrée à la neuropolitique, j’offrirai mes fiches de lectures à partir de trois livres :
L’impossible démocratie : Comment nos instincts façonnent et déforment l’idéal politique (2026) de Pascal Boyer aux éditions Robert Laffont — A-t-on besoin d’un chef ? Petit traité d’intelligence collective (2025) de Medhi Moussaïd aux éditions Allary. Le tout saupoudré des chapitres pertinents de la somme La cognition : du neurone à la société (2018) sous la direction de Thérèse Collins et les autres.
Face à ces Étasuniens en fin de règne avec leur esprit de clocher étroit comme le chas de l’aiguille qui les sépare du paradis, assez ethnocentrés du bulbe pour croire que leur pays serait représentatif de l’humanité des anthropopithèques aux spationautes, nous argumenterons que ce n’est pas parce que la république anglo-américaine est en proie au techno-césarisme qu’il faut généraliser hâtivement.
On y verra que la démocratie est un cerf-volant qui n'a pas le cerveau lent, puisqu'il suffit de l'expérimenter à l'air libre en chair et en os dans certaines conditions expérimentales bien précises pour que la réflexivité collective aboutisse à un soleil plus beau que les anciens mensonges.
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