Shadokumentation n°1.1 : Du cerveau à la société
Publié le 10 Octobre 2026
La science cognitive cherche à modéliser et analyser les comportements collectifs, c’est-à-dire le comportement d’un groupe de grande taille, résultant du comportement de chacun, lorsque ces comportements s’influencent mutuellement. Ce domaine est déjà étudié par la psychologie sociale, qui s’intéressa depuis longtemps à l’influence des spectateurs d'une décision sur cette même décision, désormais avec le supplément de la neuroimagerie.
D’abord, on constate un certain mimétisme entre les membres du groupe. Un choix est fait plus facilement si d’autres font le même choix, comme les phénomènes de mode. L’expérience la plus classique est celle de Solomon Asch en 1951 : lorsque des acteurs font semblant de voir les mêmes stimuli perceptifs, le cobaye qui n’est pas prévenu se conforme souvent à un jugement faux. Par suite, on distinguera le conformisme normatif et le mimétisme informationnel, qui consiste à imaginer que les autres auraient accès à une information de meilleure qualité. Parfois, la perception même est affectée par le conflit avec le groupe, ce qui provoque une dissonance cognitive. En économie, on dira qu’une décision est due à une externalité « positive » lorsqu’elle conduit à un certain consensus, c’est une norme autoréférentielle comme dirait l’économiste André Orléans. Les investisseurs croient à la « vérité du marché » d’avantage qu’aux informations dont ils disposent réellement, comme dans le célèbre « concours de beauté » de John Maynard Keynes. Lorsqu’il faut désigner la plus belle personne d’un groupe, le choix sera influencé par les anticipations de ce que les autres vont trouver beau, précisément parce qu’il y a quelque chose à gagner. En science économique, on parle de point focal pour désigner les situations où la structure des choix permettent de faire ce genre de spéculation. Par exemple, demander aux élèves d’une classe de choisir une année au hasard les conduit au point focal de préférer l’année actuelle ou l’année de naissance de la plupart de leurs camarades — pour peu que celui qui a raison gagne quelque chose. Pour expliquer les phénomènes d’unanimisme, on propose des modèles à seuil lorsque les autres sont suffisamment nombreux. Par exemple pour la participation à un événement auquel on ne veut participer que s’il y a suffisamment de présents.
Cet unanimisme potentiel d'une foule peut signifier tout et n'importe quoi, du lynchage d'un innocent à la sagesse invincible de telles conventions citoyennes sur le climat dont la supériorité morale fut lâchement et stupidement écartée par la présidence Macron. L'humanité peut empirer en groupe, mais elle peut aussi s'améliorer. Concentrons nous sur le verre à moitié plein, et ça ira mieux.
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