1 — Résistance
Publié le 18 Août 2026
Résister, c’est étymologiquement se tenir debout contre. Mais cela ne nous avance pas beaucoup.
- À l’origine, c’est une affaire chrétienne qui consiste à résister aux tentations diaboliques, employée ensuite à la science appliquée de la durabilité des pièces mécaniques, ouvrages d’art, et autres objets utilitaires face à la tension pouvant provoquer une rupture.
- Ensuite, c’est un droit de résistance à l’oppression dans l'article 2 de la DDHC de 1789.
- Au début du XIXe siècle, l’unité de résistance électrique dans le système métrique international devient le « ohm » de symbole Ω à prononcer « oméga » — et on sait que le genre humain aime se flatter d’être capable de résister au foudroiement, et plus généralement aux caprices des dieux.
- Ça se politise avec le nom d’un parti réunissant les orléanistes conservateurs entre 1831 et 1835 sous la Monarchie de juillet, lequel se réclamait « de la Résistance » au nom de son opposition de naguère à la Restauration légitimiste, mais surtout aux Républicains qu’il réprimait allègrement, et on se souviendra qu’il envoya l’armée contre les canuts lyonnais. C’était donc évidemment le genre de résistance imbécile que l’on espérait surmonter, de même qu'encore aujourd'hui, celle de notre Cinquième république qui nous monarchie elle aussi sur la gueule depuis 1958.
- Mais le terme de résistance finira par devenir universellement héroïque à la Seconde Guerre mondiale, lorsque l’action clandestine menée en France et en Europe contre les armées allemandes et italiennes d'occupation cristallisa l’espérance de salut du genre humain. Dans le discours du 18 juin 1940 de de Gaulle, la résistance est une flamme, et elle ne doit pas s’éteindre
- À noter: le verbe « résister » doit toujours se conjuguer au présent, selon l'autorité grammaticale de la résistante Lucie Aubrac. Et Nelson Mandela trouvait même que résister était plus facile que d'avoir une « démarche active pour aider à résoudre les problèmes du pays ».
- Au sens strict, il y a aussi eu des résistances antisoviétiques ; mais il faudra attendre la chute de l’URSS pour qu’on en parle sérieusement — quand le chat n’est pas là, les souris dansent...
- On associe volontiers la résistance à une légitime défense contre un ennemi qui a déclenché les hostilités, même si dans les faits certains opprimés se croient autorisés à trahir le droit de la guerre, au point que passé un certain seuil critique de violence contre des civils, l’usage du terme de « terrorisme » rivalise avec celui de « résistance » pour qualifier le même mouvement.
- Le terrorisme, c’est autre chose. L’étymologie est transparente, c’est l’émotion ressentie face à un péril imminent. Par suite, on s’en servit pour désigner un individu dangereux qui sème la peur, comme lorsqu’on dit d’un harceleur de cour de récréation qu’il est une « petite terreur ».
- Ce sous la plume de Montesquieu dans L’esprit des lois (1748) que le terme de terreur désigne le principe gouvernemental de tous les régimes despotiques.
- Ce mot est à l'ordre du jour pendant la période jacobine entre 1793 et 1794, pour désigner une politique d'intimidation généralisée contre les civils suspectés d'ourdir la restauration de la royauté. Le Girondin Pierre Victurnien Vergniaud l'annonça clairement : « La Terreur et l'Épouvante sont souvent sorties, au nom du despotisme, de ce palais fameux. Qu'elles y entrent aujourd'hui, au nom de la loi. » Cet enthousiasme ne le sauvera pas de la guillotine.
- Puis c’est en 1794 que le terme est affublée du suffixe « isme » qui en fait une doctrine absolue et dogmatique dans la bouche de ceux qui rejettent la Terreur systématique jacobine.
- Ensuite, le terme « terrorisme » ne se diffuse dans la presse massivement qu’à partir de l’attentat de la rue Saint-Nicaise contre Napoléon Bonaparte en 1800, manquant sa cible, mais tuant 22 personnes et en blessant une centaine. C’était le prototype de l’attentat à la voiture piégée, mais dans une carriole. Ce mot commence alors à désigner les ennemis du bonapartisme.
- D’une doctrine dénoncée des jacobins, le terrorisme est devenu l’ensemble des violences qu'une organisation politique exécute dans le but de désorganiser le reste de la société existante et d'influencer ses décisions collectives, en particulier lorsque la cible est civile ou non-combattante — et par extension, c'est une façon de qualifier tous ceux qui sont intolérants et intimidants avec nous lorsqu'il est question d'un terrorisme intellectuel.
- Donc en fait la résistance, c'est le courage d'employer la force pour mettre fin à la violence, et le terrorisme, c'est la stupidité d'accepter une violence qui n'est pas vraiment nécessaire.
La principale confusion à éclaircir lorsqu'on discute de la définition par description d'une violence que l'on juge dans l'Histoire, c'est que toute résistance active employant la force est terroriste du point de vue des partisans de la société qu’elle cherche à désorganiser.
On serait alors tenté de considérer que résistant ou terrorisme, tout n'est que question de point de vue, tant que ce qui sera juste pour les uns sera injuste pour les autres. Comme on le dit souvent,
Le terrorisme est la guerre des pauvres,
la guerre est le terrorisme des riches.
ALORS OUI, MAIS EN FAIT NON :
Un résistant doit être capable de résister à l'interrogatoire de n'importe quel ennemi, et s'il réclame d'être traité justement par l'ennemi sans réclamer que son ennemi soit traité justement d'une manière ou d'une autre, il va se faire des ennemis inutilement. Pour se faire beaucoup d'amis lorsqu'on résiste, il faut connaître certains invariants de la résistance :
Tout le monde ou presque se sens défié dans sa chair par certaines abominations commises contre des enfants, même lorsqu'ils ont commis ou vont commettre des crimes, parce qu'on est censé savoir qu'ils ne savent pas toujours ce qu'ils font ; mais quasiment personne ne critique l'assassinat du génocidaire Talaat Pacha par l'Arménien Soghomon Tehliriann en 1921, parce que certains crimes creusent si profond dans l'abîme de la perdition que la mise à mort du responsable, pour peu qu'elle ne soit pas particulièrement cruelle, indiffère la plupart des non-concernés.
Ce blog aura pour notamment pour fonction de diffuser des considérations sur le niveau d'universalité des résistances de notre début de millénaire agité.
Qui est terroriste ? Qui est résistant ?
Cela est question de première importance pour la révolution.
Pour nous donner une idée de la solution, je recourrai au Philosophie Magazine hors-série n°69 de printemps 2026 sur les « Philosophes résistants », et en particulier au quatrième chapitre consacré à la question « Peut-on résister sans violence ? » (SPOILER ALERT : ni non-violence ni guerre totale).
Le premier article questionne Franz Fanon (1925-1961), le psychiatre anticolonial légendaire.
Après avoir été déçu de la résistance française, laquelle malgré sa gloire antinazie offensa Fanon de son racisme de plus basse intensité, il décida d’étudier la transmission intergénérationnelle du traumatisme et de dénoncer les effets psychologiques des structures coloniales sur les complexes d’infériorité et supériorité des colonisés et colonisateurs, qui ne se résolvent que dans la lutte pour la cohérence des droits-de-l’homme, jusque-là réservés à une race de seigneurs.
Après sa mutation dans un hôpital d’Algérie coloniale, il adapte sa méthode au contexte culturel local malgré la méfiance de ses confrères, au moment où s’embrase la guerre d’indépendance. Fanon offre ses services de psychiatre aux maquisards du FLN, entre autres contributions au-delà de l’assistance médicale, notamment lorsqu’il suggère à ses camarades de lutter contre l’infériorisation de la culture dominée en refusant de la laisser se « momifier » et en stimulant les sciences et les arts.
Un moment assez déroutant de son parcours intellectuel, c’est L’An V de la révolution algérienne (1958), où l’urgence de la guerre totale déchaînée par les impérialistes atteint un tel niveau que la lutte armée devient une thérapie de désaliénation psychique face à l’hypocrisie de tous ceux qui espère la pureté de la guerre de libération nationale face à un ennemi qui se croit tout permis — mais Fanon ne se prive pas d’y rappeler certaines autolimitations de la violence par le FLN.
Avec sa notoriété internationale croissante, Fanon est victime de plusieurs tentatives d’assassinat, mais continue d’œuvrer à la solidarité panafricaine, même s’il désespère du remplacement de l’ancienne bourgeoisie coloniale par une nouvelle bourgeoise indigène. C’est alors qu’il rencontre Jean-Paul Sartre, qui accepte de préfacer son dernier livre, Les damnés de la terre (1961). Le propos atteint une violence paroxystique, même si c’est Sartre qui dépasse les bornes en présentant la mise à mort du colon comme la première étape de la révolte et la condition sine qua non de la libération du colonisé. Mais après cette préface outrancière, le propos de Fanon est plus nuancé : il présente la diabolisation du colonisateur comme une étape transitoire à dépasser pour connaître la liberté véritable, laquelle ne peut pas exister dans une culture manichéenne.
C’est là qu’il meurt à 36 ans d’une leucémie dans un hôpital étasunien, sans avoir vécu assez pour assister à l’indépendance de l’Algérie, ni aux résultats momifiées et manichéennes de cette même indépendance — sans parler de la Décennie noire, qui lui aurait certainement brisé le cœur.
J’ai un rapport particulier avec Fanon, par ma parentèle et ma condition psychiatrique : j’ai du Pieds-noirs dans mon arbre généalogique paterne, du genre à se complaire dans la délectation morose du ressentiment envers ceux qui les ont privés de leur paradis perdu, et j’ai souffert dans ma chair de la terreur paranoïaque de me croire opprimé alors que je ne l’étais pas.
De cette conjonction particulière, j’ai une certaine hainamoration de celui qui surpassait les caricatures de ceux qui plombaient l'ambiance de mes réunion de famille.
C'est le Mozart de la lutte anticoloniale. Sa pensée est le bouquet final de l’universalisme dans la pensée anticoloniale, à une époque où le quartier latin était la capitale du tiers-monde, pour le meilleur et pour le pire, de sorte que j’interprète sa mort prématurée comme une tragédie, tant on aurait voulu qu’il contribue jusqu’au premier siècle de son âge à répandre la modernité alternative qu’il espérait pour le continent africain, afin que ce dernier connaisse la fortune de la Chine. C’est au nom de l’accomplissement réel de la promesse de 1793 qu’il voulait libérer l’Algérie non seulement du joug colonial, mais aussi de ses propres traditions oppressantes — en ce sens, il n’a pas rien à voir avec l’antimodernisme de l’islam politique. Il n’avait aucune indulgence pour les colonisateurs, et pourtant il s’abstenait de capitaliser sur leur culpabilité narcissique. Dans son premier livre Peau noir, masques blancs (1952), il se moquait de quiconque s’attacherait à faire revivre une civilisation nègre injustement méconnue, et de quiconque voudrait culpabiliser les blancs pour les crimes de leurs ancêtres.
Dans la mine ou dans la mature, cet homme ne pensait qu’au futur, et je l’admire d’autant plus que notre époque n’a jamais été à la hauteur des rêves qu’il emporta dans sa tombe.
En revanche, ma condition psychiatrique trouve que sa pathologisation des phénomènes idéologiques est malaisante au possible. Au début il avait raison d’enrichir ses analyses avec ses compétences sur le caractère traumatogène des structures coloniales, mais avec le temps il s’est mis à considérer que les idéologies coloniales relèvent de la maladie mentale et que le combat est une thérapie.
Je crois que c'est une très mauvaise idée, parce que j'ai déjà eu le discernement altéré, voir aboli. Et je peux vous garantir que même lorsqu'on ne sait pas ce qu'on fait, on fait quand même ce qu'on sait. Et je suis responsable de ce que je sais. J'ai cru que la police de la pensée voulait me tuer pour avoir des crimes en pensée. Et donc lorsque j'étudie un éclair de rage, j'essaie toujours d'estimer ce que l'accusé pouvait savoir et ce qu'il ne pouvait pas savoir.
Pour savoir comment qualifier qui, pourquoi et comment, et donc imaginer une solution à ce casse-tête, nous allons devoir creuser le reste de ce hors-série de Philosophie Magazine, qui s’attache à exposer les opinions de deux penseurs disputant par interviews interposées :
- le philosophe décolonial Norman Ajari, connaisseur de Fanon et amateur des Blacks Panthers,
- et le sociologue fils de résistant communiste Gérard Rabinovitch.
À vos marques, prêts... disputez !
Ajari explicite le terrorisme à sa manière comme l’acte de propager un sentiment d’insécurité profond chez l’ennemi, et la résistance comme toute forme d’action illégale contre un ennemi. Avec ses deux définitions, il peut conclure que certaines formes de terrorisme sont des résistances, et qu’un État n’est pas en position de résister, même s’il est en position de pratiquer du terrorisme. La question qui se pose alors pour la résistance n’est pas l’illégitimité de la méthode, mais l’illégitimité de la cible. Pour Fanon, face à des structures traumatogènes, la pulsion de mort ne peut pas être refoulée éternellement, mais elle peut être canalisée dans des opérations dont on aura mesuré les conséquences.
Et donc quoique selon cette définition les attaques du 7 octobre fussent évidemment terroristes, elles sont aussi des actes de résistance contre le terrorisme d’État israélien. Dans un tel contexte, il n’est pas possible de sérieusement critiquer le Hamas en acceptant le récit du fait colonial israélien comme acté et incontestable, il faut forcément prendre acte de l’attachement d’un peuple colonisé à sa Terre, puis regarder les intérêts des opprimés des deux camps et les articuler au nom de l’internationalisme.
L’argumentation d’Ajari est séduisante, mais rien n’y garantit que le logiciel idéologique du Hamas soit capable d’une telle solidarité en dehors de la communauté des croyants de l’Islam. Et c’est aussi difficile à suivre : sa définition du terrorisme le légitime puisqu’il se soustrait à la question du ciblage des attaques, ce qui ne poserait pas de problème si sa définition de la résistance n’englobait pas la totalité des actions illégales perpétrées contre un occupant. Sa tolérance envers le terrorisme a pour prix une dévaluation du mot résistance. Au surplus, en acceptant d’abréger les attaques du 7 octobre dans le terme de terrorisme, il s’expose au risque de concéder aux sionistes qu’ils terrorisent des terroristes, ce que les sionistes pourraient revendiquer. Pour éviter cet écueil, il doit supposer d’emblée que le colon est responsable des pires actes du colonisé, mais sans surprise l’inverse n’est pas vrai. Donc concrètement le colonisé a le droit de pratiquer la loi du talion, mais pas le colonisateur. Donc le paradoxe reste inargumenté, et le lecteur reste sur sa faim
Mais Rabinovitch est-il parvenu à une solution ? En 2014, il condamnait fermement la confusion lexicale entre la résistance et le terrorisme. Qu’une résistance civile puisse décider de s’armer face à l’effondrement de toute civilité de la part de l’ennemi, c’est là une évidence qu’il nuance en ajoutant que la lutte armée contre le nazisme n’autorisait pas tout, parce qu’un enjeu psychologique majeur était de sauver les apparences de l’humanité avec une retenue impérative pour épargner certaines cibles.
Il refuse d’admettre que la résistance et le terrorisme ne soient que des questions de point de vue, et conteste donc la possibilité de revendiquer tel quel les gloires et les infâmies les plus extrêmes de la Seconde Guerre mondiale dans n’importe quelle narration d’une situation de crise. Lorsqu’un nazi-fasciste vous traite de terroriste, il fait référence au climat d’insécurité généralisé en France entre 1793 et 1794 (et sûrement pas à la Semaine sanglante de la Commune de Paris en 1871).
C’est donc précisément le refus de générer ce climat en excluant certaines cibles qui vous permet de réfuter son propos. Et donc chaque cible était âprement débattue. Marek Edelman, le dirigeant bundiste du ghetto de Varsovie, déclara n’avoir jamais attaqué les femmes et les enfants des soldats de la Wehrmacht. C’était un motif de fierté chez tous les survivants. La notion de terrorisme, en revanche, se présente dès le départ de 1793 comme une légitimation de la tyrannie contre les partisans de la tyrannie, et la loi du Talion ne fera jamais autant consensus que la résistance bien calibrée.
Cette légitimation, Rabinovitch la qualifie de « scélérate », et elle est visible dans toutes les idéologies lorsque le tyrannicide déborde vers des dommages collatéraux. Et lorsque la mort de masse se banalise ainsi à cause de l’héroïsation de la violence, nul n’en sort jamais gagnant. Les régimes engendrés par des méthodes terroristes n’ont jamais connu la gloire, à moins de s’autocritiquer à un moment ou un autre. Et si une partie de la gauche occidentale a pu se méprendre sur la situation à Gaza, c’est d’abord parce qu’elle a oublié que la guerre totale est toujours un désastre pour la société qui la pratique, même lorsqu’elle la déchaîne contre ses oppresseurs — quand bien même Fanon, il croyait que le colonisé ne devait pas se complaire dans la diabolisation du colon.
Rabinovitch semble écarter un peu facilement l’hypothèse que certaines oppressions ne puissent pas être abolies par les moyens employés par les Francs-Tireurs Partisans et Main-d’Œuvre Immigrée (FTP-MOI), mais ce n’est pas ce qui impatiente le plus le lecteur attentif. Le problème n’est pas seulement que chaque ennemi expose à des tentations différentes, il est surtout que l’imaginaire n’est pas le même : entre 2007 et 2023, le Hamas s’est emparé d’une hégémonie culturelle qui lui a permis de réprimer toutes les créations humaines hostiles à sa vision intolérante de l’Islam, au point que ses opposants ont pu parler d’une « famine culturelle ». Les sondages du Pew Research Center sur les opinions des sociétés musulmanes ont montré que les Palestiniens ont fini par plébisciter les aspects les plus répressifs de la charia. Tout ce pour quoi les résistants européens se battaient, et en particulier des constitutions qui permettent à l’humanité d’écrire ses propres lois indépendamment de la volonté de Dieu, a été calomnié comme de la modernité satanique. Dans un tel contexte verrouillé, la gauche occidentale ne devrait pas se contenter de nourrir le corps des Gazaouis, elle devrait aussi nourrir leur âme — mais encore faudrait-il pour cela que la gauche occidentale ait assez d’amour-propre pour se croire capable d’offrir quelque chose d’aussi positif aux Gazaouis, et cela est tout sauf certain.
La logomachie entre Ajari et Rabinovitch n’est pas décevante, mais elle ne donne ni envie de qualifier le Hamas de résistant au sens d’Ajari, ni de terroriste au sens de Rabinovtich. D’une part, Ajari présente le 7 octobre sans mesurer ses conséquences ; d’autre part, Rabinovtich soustrait les attaques du 7 octobre à leur contexte. Ajari sait bien que l’opposition au génocide a été exterminée, et Rabinovitch sait qu’il y a des différences entre le ghetto de Varsovie et Gaza. Mais s’ils sont coincés dans un dialogue de sourd, c’est bien qu’au fond, un être humain ne peut pas prendre certains faits au sérieux avant de les avoir regarder (ou « théorisés », du mot grec qui désigne le regard).
Pourquoi certaines choses montent-elles si lentement au cerveau ?
Dans la langue yoruba parlée dans le sud-ouest du Nigeria, il y a deux termes, « mo » et « gbagbo », sur lesquels les missionnaires occidentaux ont plaqué leur distinction entre « savoir » et « croire » provenant de beaucoup de langues indo-européennes. Mais c’était une erreur de traduction totale, parce qu’on obtenait alors des phrases paradoxales comme « Les Yorubas croient en la religion chrétienne » mais « savent la religion païenne des Orichas ». Le paradoxe cessait dès lors que les missionnaires comprirent que « mo » désigne le savoir de l’avoir expérimenté dans sa propre chair, et « gbagbo » le savoir d’en avoir entendu parler indirectement — et alors tout le monde comprend que les Yorubas parlent des Orichas comme des esprits animistes dont ils ont ressenti la présence, notamment par la possession surnaturelle, et du Christ comme de celui dont tout le monde parle, mais que presque personne n’a jamais rencontré. Or cette distinction est très utile d’un point de vue phénoménologique.
Autrement dit, ceux qui n’ont même pas la curiosité de mieux connaître les choses les plus troublantes dont ils ont entendu parler ne pourront jamais les reconnaître avant de les avoir rencontrées.
La justice, c’est comme la Sainte-Vierge.
Si on ne la voit pas de temps en temps, le doute s’installe.
Par exemple, un jour, j’ai posé la question du droit de la guerre à un activiste antisioniste notoire et respecté dont je tairai le nom, et sa réponse laconique a provoqué en moi un profond désarroi :
« Ouais, c’est vrai, il y a eu des dérapages ».
Ce qui était pour moi une bévue éthico-stratégique majeure n’était pour lui qu’un détail à peine critiquable, certainement parce qu’il ne s’interrogeait pas sérieusement sur les intentions du Hamas et le lien de cause à effet avec les événements qui ont suivi.
Cette absence d’interrogation est certainement un angle mort de sa théorie : si vous supposez dès le départ que le Hamas n’avait qu’une seule intention possible face à un contexte aussi oppressant, alors les conséquences de ses actes n’ont forcément plus d’importance — jusqu’au jour où le crédit que vous apportez à la CPI vous conduira à vous poser certaines questions douloureuses.
J'ai renoncé à importuner ce dissident, le temps de cogiter. Pendant ce temps, à l’entrée de sa conférence, des manifestants sionistes avaient des pancartes où ils dénonçaient le « harcèlement » qu’ils subissaient — mais était-ce un harcèlement « mo » ou « gbagbo » ? Vu qu’on était dans une ville sans insécurité (et très loin de Toulouse ou Paris), je pencherai plutôt pour la seconde option.
Étudier le discours de l’ennemi, ce n’est pas s’empoisonner par du doute, c’est gagner un temps fou : le diable sait exactement ce qui ne va pas avec l’Église, et au milieu de tous ses faux sans répliques que vous parviendrez à réfuter, vous découvrirez dans ce que vous n’arriverez pas à réfuter les secrets généralisés de ce qui doit être réformé pour que votre Église triomphe de ses ennemis.
Le meilleur service qu’un Athénien puisse faire à sa cité, c’est d'aller parler aux Spartiates pour leur demander ce qu’ils pensent d’Athènes — mais attentions aux démagogues qui vont tenter de vous faire boire la cigüe pour avoir été l’avocat du diable, parce qu’ils sont légions.
Ce n’est pas en tournant le dos aux choses qu’on leur fait face.
Partons à la rencontre du 7 octobre, cette incursion massacreuse en territoire infidèle d'occupation.
La gauche française, quoiqu'elle puisse être divisée sur la question du statut juridique à accorder aux partisans du Hamas sur le sol français, est au moins d'accord pour dire qu'elle reconnaît globalement l'autorité de la Cour Pénal Internationale pour châtier les crimes de guerres — cela étant, certains ambassadeurs africains vous dirons que la CPI est d'une justice un peu trop sélective et menace leur souveraineté, ce qui est tout à fait possible, même si cela ne résout pas la question de savoir quelle autre institution mondiale saisir lorsque le droit international est bafoué par un malfaiteur.
Quoiqu'il en soit, puisque toute la gauche française reconnaissait l'autorité de la CPI, il aurait mieux valu que les apologues du Hamas théorisent correctement les implications éthico-stratégiques du 7 octobre. Cela leur aurait épargné de se retrouver piégés face à la quadrature du cercle d'expliquer à la France entière que le Hamas ne peut pas être terroriste conformément aux délires de l'adminsitration sioniste, alors même que ses agressions envers les festivaliers israéliens se sont finalement révélées compatibles avec la notion légale d’extermination, entre autres actes de cruauté divers et variés.
Nonobstant sa présomption d'innocence qui nous engage à ne pas vendre la peau de l'ours, le Hamas a tout de même pris la précaution d'immortaliser ses exploits par GoPro, de sorte que les images étaient visibles pour tous dès le départ, même si tout le monde n'avait pas la curiosité morbide ni les compétences juridiques pour réaliser de quoi il s'agissait. Donc même à supposer que le discernement du Hamas fut altéré à la façon d'une psychose de masse, je trouve quand même que c'est là un savoir-faire pire que pire : l’extermination étant la médaille d’argent du crime derrière le génocide, elle est encore pire que du terrorisme, parce que dans le langage ordinaire, on conçoit à la nécessité de terroriser un ennemi beaucoup plus facilement que de l'exterminer — et donc....
« Y a-t-il un casuiste dans l'avion » capable de m'expliquer compendieusement comment il est possible d'exterminer sans terroriser, comme si j'étais un ouvrier sous-diplômé ?
Dans la mesure où l'individu suspect d'avoir ourdi cette extermination est mort en février 2025, on pourrait croire que ce genre de bataille sémantique est hors sujet. Pour les apologues du Hamas en France, les choses sont assez simple : le Hamas ne peut pas être qualifié de terroriste, parce que cela le mettrait dans la même catégorie que Al-Qaeda et Daesh — deux entités rêvant d'un califat planétaire, là où le Hamas avait plutôt la modestie de vouloir appliquer sa charia du fleuve à la mer.
On comprend qu'un tel cadeau à la propagande sioniste serait dur à avaler, mais attendez un peu : lorsqu'un État souverain ajoute une entité à celles qu'il reconnait comme terroristes, cela entraîne des conséquences administratives sur tous les individus qui commercent avec cette entité dans la juridiction de cet État : leurs avoirs bancaires sont gelables, ils peuvent devenir persona non grata à la frontière, et il devient facile de leur faire subir une enquête intrusive. Et surtout, tous les sympathisants d'une cause qualifiée de terroriste voient leur liberté d'expression affectée si jamais ils étaient soupçonnés d'« apologie du terrorisme ». Donc les mots ont des conséquences.
La France Insoumise ayant une chance d’arriver au pouvoir au élections présidentielles de 2027, la question de savoir quel sort elle réserverait aux partisans du Hamas sur le sol français va forcément faire pourrir le débat, parce que toutes les gauches ayant salué la résistance du Hamas le 8 octobre (comme le Nouveau Parti Anticapitaliste [NPA], le Parti des Indigènes de la République [PIR], ou l’Union Juive Française pour la Paix [UJFP]) vont être bombardées d’accusations d’antisémitisme à cause du souvenir terroriste traumatique de la GoPro de Mohammed Merah en 2012 et des jeunes gens qui festoyaient au Bataclan. Donc le mode opératoire du Hamas avait toutes les caractéristiques pour polariser l'opinion française. Mais ça aurait pu être encore pire : si Israël ne s'était pas engagé dans un marathon sur les sentiers de l'infâmie, et/ou si Emmanuel Macron avait pris des mesures de rétorsion substantielles, alors la gauche française aurait été baisée au dernier degré.
Cette vulnérabilité aux aléas de l'Histoire dérive de bien des facteurs, mais je soupçonne que l’un d’entre eux est la supposition d’un discernement altéré de tout sujet colonisé traumatisé par la violence, rendant le Hamas en parti irresponsable de ses actes pour les connaisseurs de Fanon.
De fait, il y a forcément quelque chose de traumatogène dans le blocus cruel subi par la bande de Gaza depuis 2007 et à l’occasion des cinq opérations militaires israéliennes déroulées sur son sol jusqu’à 2023. Mais le rapport entre le traumatisme vécu et le désir de traumatiser autrui se situe ailleurs, tant on sait que Nelson Mandela, Abdullah Öcalan et Pepe Mujica se sont abstenus de faire subir aux autres ce qu’ils avaient subi. Même en admettant que cette force d’âme soit peu commune, le Hamas lui-même n’avait pas l’air de considérer que le droit de la guerre était de la moraline ethnocentrée lorsqu’il réclama en 2014 l’adhésion des Palestiniens à la CPI pour y poursuivre Israël.
Au surplus, les attaques du 7 octobre étaient-elles bien conformes à la charia ? J’ai eu la faiblesse de poser la question à Mistral AI, et il semble bien que non, sources sacrées à l’appui, de sorte que les fatwas égyptiennes et saoudiennes qui font autorité étaient plus sévères que la gauche occidentale — les rares interprétations favorables au Hamas transforment ces festivaliers en combattants vu leur service militaire, mais la CPI a pu vérifier sur les vidéos à quel point ils étaient armés, et cela ne résout pas la question de la cruauté du mode opératoire, ni du profil idéologique des cibles, en théorie les plus favorables à la cause palestinienne au sein de la société israélienne.
La seule stratégie de défense possible pour le Hamas, c'est qu'ils auraient voulu prendre des otages pour échanger des militaires non-combattants contre des prisonniers politiques en territoire israélien, et que ça a mal tourné. Mais il y a un problème : qui croira qu'il soit possible d'exterminer un peuple par accident ? Il y eu 1221 morts pour 250 otages, un rapport de 5 contre 1.
Pour en arriver là, l'objectif de prise d'otage était forcément secondaire.
Un lampiste a dû demander : « Et on fait quoi des autres après qu'on a fait le plein ? »
Et le Big Boss a dû répondre : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ».
Aux vues des causes d’hostilité des Palestiniens envers Israël, il est hors de question de leur demander d’être aussi purs que Nelson Mandela. Mais puisque le Hamas n'a exprimé aucune contrition, même imparfaite, au bilan des exactions pour le moins fâcheuses du 7 octobre, grâce auxquelles il estime avoir obtenu la reconnaissance de la Palestine par plusieurs États occidentaux, le dilemme de leur statut juridique va sérieusement plomber l’ambiance de la prochaine présidentielle française de 2027.
Maintenant que j'ai analysé l'État de la situation, il va falloir répondre concrètement à la question :
Que faire ?
Après ce qui s'est passé, les sionistes traiteront le Hamas de terroriste pendant mil ans. Mais ça, on s'en fout, parce que c'est la peste qui se moque du choléra. Pour ce qui concerne la France, nous n'avons collectivement aucune autorité morale sur le moindre mouvement anticolonial, du fait de notre passif algérien. En revanche, parmi ceux qui sont prêts à solder ce passif, il y en a peu qui vont au-delà de la simple critique verbale des exactions du Hamas. À l'intérieur de la France Insoumise, il y avait dès le départ une majorité qui refusait d'employer le mot « résistance », nonobstant quelques frondeurs fanoniens téméraires çà et là, comme celle qui rendit hommage à tel leader du Hamas mis à mort en aout 2024. En effet, employer le mot « résistance » pour le Hamas est interdit par la loi française en vertu de la lutte contre l'apologie du terrorisme requise par les défenseurs de la mémoire des résistants français, et donc si la FI arrivait au pouvoir et retirait le Hamas de la liste française des entités terroristes, en principe n'importe qui pourrait cyberglorifier des criminels de guerre sans risquer grand-chose à part un torrent de merde verbal de derrière les fagots. La situation actuelle de « ni-ni » ni résistant ni terroriste de la FI est donc instable : ça ne devrait pas tenir debout, parce que la FI n'a divulgué aucun plan clair et net pour compenser toutes les conséquences pour le moins fâcheuses du Hamas — mais ça tient quand même debout bon an mal an, du moins tant que les sionistes feront tout ce qu'il faut pour ne pas mériter ce cadeau, et qu'aucune autre candidature sérieuse à la présidentielle ne proposera de mesures de rétorsion sérieuses contre Israël.
Mais bon, ne serait-il pas indiqué de qualifier le statut juridique du non-terroriste avec lequel on se doit de refuser tout commerce tant qu'il n'a pas fait acte de contrition ?
Pour nous soustraire à ce faux dilemme, je propose d’étendre notre palette linguistique au-delà de cette dichotomie débile entre « résistance » et « terrorisme ». Je m’apprête à proposer ce que j’appellerai désormais un « éclairage », c’est-à-dire une définition par description d’un événement historique qui relève d’un « éclair de rage ». Je vais abréger le 7 octobre dans une catégorie éthico-stratégique créée exprès pour l’occasion, et réutilisable pour tout nouvel éclairage dans l’avenir — cette série d’article s’intitulera Éclairageusement vôtre. Aucun de ces éclairages n’aura la prétention d’un jugement dernier définitif, elles seront valables « pour l’éternité ou jusqu’à nouvel ordre » (PLÉOJÀNO — c'est-à-dire l'acronyme que j'utiliserai pour rendre l'éclairage impossible à révoquer sans un cygne noir, soit la découverte d'un indice inattendu qui change rétroactivement la nature de son éclair de rage).
D’abord, je dresse la liste des réactions possibles de l’ennemi selon chaque type :
1. Les actes requis — on s’expose à un châtiment si on ne le fait pas.
2. Les actes valorisés — on espère sauver la négociation si on le fait.
3. Les actes indifférents — on espère qu’il ne se passe rien si on le fait.
4. Les actes critiquables — on risque de saborder la négociation si on le fait.
5. Les actes de défi — on s’expose à un châtiment si on le fait.
Ce sont des catégories éthico-stratégiques au sens où l'acte commis est à défendre à la tribune des Nations Unies et où elles relèvent de la dialectique du maître et de l'esclave.
À l’origine, il y avait un festival de musique israélien où des civils et militaires non-combattants dansaient non loin de la frontière gazaouie pendant un accord de cessez-le-feu. On ne peut décemment pas qualifier cette danse de défi, parce que danser ne mérite pas un châtiment ; en revanche, on ne peut pas qualifier d’indifférent ce déploiement de luxe au milieu de nulle part, vu les décennies de privations endurées par les Gazaouis — espérer qu’il ne se passe rien était d’une naïveté confondante.
Donc on dira que ce festival était « critiquable » parce qu'il risquait de provoquer une réaction du Hamas indépendamment de la légalité de cette réaction, et le préfet qui l’a autorisé (ou l’équivalent de notre préfet dans l’administration sioniste), était un imbécile imprévoyant à limoger manu militari.
Pour ce qui concerne la réaction du Hamas, le mot « défi » peut sembler euphémique, mais d’une part rien ne garantit que les termes d’un défi soient raisonnables, et d’autre part sa lexicographie est adéquate : dans tous les dictionnaires à ma disposition, c’est une « provocation au combat », voire un casus belli. Je ne pouvais pas me contenter du mot « provocation » tout seul, parce que les associations d’idée auraient pu être bien plus foireuses. Donc l’extermination du 7 octobre et la surenchère génocidaire subséquente sont effectivement des « défis », au sens le plus déprimant du terme, lancés à tout le genre humain ; mais il va falloir lui accoler un adjectif parmi une liste de tous les défis possibles
- La résistance — j’entends par là une organisation combattante dont les cibles épargnent totalement les civils, comme celle de Marek Edelman du ghetto de Varsovie.
- La scélératerie — j’entends par là une résistance démesurée contre des combattants, ou des exécutions sommaires de militaires ou paramilitaires non-combattants, ou une attaque dont les dommages collatéraux parmi les civils ou non-combattants sont assez importants.
- Le terrorisme — en droit interne, c'est généralement une agression spécifiquement orienté contre des civils dans le but d’impressionner une population et/ou d’influencer la politique d’un État ciblé — la question de savoir si des militaires ou paramilitaires non-combattants doivent être inclus ou pas est inextricable, et donc j’ai dû ajouter la catégorie fourre-tout précédente de scélératesse.
- L’abomination — j’entends par là des infractions au droit de la guerre relevant de la destruction physique ou psychique irréversible qui sont une fin en soi et un moyen de pousser l’ennemi à une escalade exploitable — un manœuvre qui ne relève pas de l'intimidation mais de l'enragement.
- La perfidie — j'entends par là inverse de l'abomination, soit un acte de ruse illégal qui consiste à ensevelir des secrets d'État, falsifier des preuves, et entreprendre la destruction physique et psychique des enquêteurs, pour faire obstacle au travail de justice et de mémoire, comme lorsqu'un journaliste est assassiné ou lorsqu'un système éducatif est quasiment anéanti.
Donc voilà : il faut savoir qu’en 2004, l’ONU a voulu établir une définition globale du terrorisme, mais a échoué à cause de l’usine à gaz irrésoluble du statut des militaires et paramilitaires non-combattants. C’est comme le dilemme de l'œuf ou la poule : certains considèrent que l’architecte est architecte seulement pendant qu’il construit sa maison, et d’autres considèrent que l’architecte reste architecte même lorsqu’il ne construit pas de maison. À cause de ce pinaillage métaphysique, le Hamas ne sera jamais considéré universellement comme terroriste — et prenant acte de cet échec de l'universel, il faut inventer un troisième terme pour les militaires non-combattants, et j’ai choisi « scélérat ».
La coïncidence de son apparition dans la causerie de Rabinovitch ne pouvait que m'encourager.
Ce n’est pas de la casuistique à bon marché pour absoudre le Hamas de ses responsabilités, vu que le mot « scélérat » a une lexicographie correcte : il a l’étymologie de la profanation et de l’attentat à l’époque de l’empire romain ; un marin ne reproche pas à la mer lui résister, mais il craint les vagues scélérates ; et dans tous les dictionnaires à ma disposition, c’est une insulte littéraire ou vieillie qui désigne depuis le XVIe siècle à la fois le criminel et celui qui est capable d’être un criminel — mais surtout, lorsqu’il sert d’adjectif pour un substantif autorisé par la loi, il traduit des intentions fourbes.
L’usage moderne le plus ancien que j’ai trouvé date de 1515, c’est le chapitre VIII du Prince de Nicolas Machiavel, qui semble ressusciter ce terme après une longue disparition. Même si Machiavel pâtit d’une réputation sulfureuse pour avoir déclaré que la fin justifie les moyens, il ne manque pas d’ôter toute gloire aux princes les plus scélérats, en particulier les tyrans siciliens de l’époque classique comme Agathocle de Syracuse. Ceux d’entre eux qui s’emparent du pouvoir par la Terreur ont intérêt à l’accomplir d’un seul coup, pour ne pas terroriser leur peuple assez longtemps pour qu’il se révolte, et pour terroriser les ennemis de ce peuple — et on pardonne beaucoup de choses à un scélérat lorsqu’on le souffre pour éviter un autre scélérat encore pire. Le mot est massivement employé au début du XIXe siècle, et Victor Hugo s'en servait pour critiquer les assassinats politiques de Bonaparte de défi envers les royalistes. En France, le mot s’est chargé d’une couche historique supplémentaire à la fin du XIXe siècle. Dans sa tribune J’accuse (1898), Émile Zola dénonce l’enquête « scélérate » de l’affaire Dreyfus comme une enquête « de la plus monstrueuse partialité ». Lorsqu’il emploie ce mot, il ne peut pas ne pas penser aux « lois scélérates » contre les anarchistes des années précédentes, qui visaient clairement à terroriser le terrorisme, au prix de dommages collatéraux chez les anarchistes non-violents — il y avait donc clairement le sous-entendu d’un châtiment collectif démesuré et attentatoire à la judéité du colonel Dreyfus, même si celui du Hamas fut beaucoup plus grave. Ce terme « scélérat » désignant à la fois les barbouzeries contre des ennemis non-combattants et les bavures impardonnables qui vont avec, il me semble nécessaire pour désigner le Hamas lorsqu’on ne consent pas à le qualifier de terroriste ou de résistant, selon une tradition sémantique qui remonte à la Renaissance.
Nous pouvons d'ors et déjà prévoir des néologisations pour stipuler certaines nuances :
- Par scélératisme, je désignerai les actes scélérats en tant que requis par une idéologie.
- Scélhéroïsation — l'attitude de celui qui valorise publiquement les actes scélérats.
- Scélératocratie — la gouvernance d'un état fondé sur le scélératisme et la scélhéroïsation.
- Scélératesse — un acte scélérat exécuté si délicatement qu'il est juste critiquable.
- Scélératerie — un acte scélérat si arrogant et brutal qu'il défie presque tous ceux qui y assistent.
- Semiscélérat — un coupable de représailles illégitimes bien moins scélérates que l'ennemi
- Archiscélérat — un coupable de représailles illégitimes bien plus scélérates que l'ennemi.
- Scélératage — un acte scélérat contreproductif.
- Scélératistique — la branche de la casuistique consacré aux actes scélérats.
- Scélérattitude — un comportement suspect de préparation d'un acte scélérat.
- Scélératogène — une structure collective qui génère beaucoup d'actes scélérats individuels.
- Déscélératisation — la réforme ou révolution qui adoucit une structure scélératogène.
- Scéléradicalisation — la réforme ou révolution qui endurcit une structure scélératogène.
- Scélératicide — l'autojustice d'enfreindre la loi en assassinant un scélérat.
- Scélérotomanie — la poursuite d'une femme de ses assiduités de façon ultratoxique.
- Scélérabat-joie — la propagation d'un discours défaitiste de trahison et/ou de simulacre.
- Scéléructation — un lapsus verbal scélérat.
- Scélératuration — le fait d'être saturé par une série interminable d'actes scélérats.
Si vous avez suivi mon raisonnement, vous serez d'accord avec moi sur les trois points suivants :
- Lorsqu'une autorité légitime a commis une scélératerie, nous critiquons sa scélhéroïsation, mais sans aller jusque la défier, et nous défions formellement tout appel à l'archiscélératerie.
- Nous valorisons aussi de boycotter cette autorité provisoirement en attendant sa déscélératisation, mais nous ne critiquerons jamais ceux qui interviendront pour la sauver d'un archiscélérat.
- Et si la scélératerie d'une autorité est assez abominable ou perfide, alors nous la délégitimerons et dirons désormais que son boycott est requérable et que sa scélhéroïsation peut être défiée.
Oui je sais c'est compliqué d'en faire une loi, mais c'est toujours mieux que le « ni-ni » du Raymond Poulidor des présidentielles françaises et de ceux qui le prennent pour un sauveur suprême.
J’ajoute que l’usage des GoPro, non pour se surveiller soi-même, mais pour immortaliser des actes de cruauté sadiques de nature à enrager les sionistes aussi longtemps que depuis qu’ils se lamentent sur le Mur occidental décrépit, ajoute une couche de démesure au 7 octobre, et donc mon éclairage final est que ces attaques défiaient tout le peuple israélien, y compris ses tendances pacifistes.
C'est actes peuvent être qualifié de :
Raids de capture exterministes scélérats et abominables — PLÉOJÀNO
Quant aux représailles, on relève une rhétorique exterministe documentée de la part des autorités sionistes, l'utilisation de la famine comme arme de guerre, et des bombardements aériens intensifs. Dans la mesure où les femmes et les enfants sont surreprésentés parmi les victimes (70% des morts jusqu'à avril 2024, et les femmes gazaouies combattent très peu) alors qu'ils étaient sous-représentés le 7 octobre (37 enfants sur plus de 1200 morts, le reste étant des militaires non-combattants), on peut dire que le 7 octobre était scélérat et que les représailles d'Israël étaient terroristes.
Cela étant, nous ne pouvons pas être certain à 100% que la condamnation pour génocide va tomber, parce que le nombre de morts (60 000 début 2025) et de déplacés (100 000 début 2025) en pourcentage de la population totale n'était pas encore une décimation après quinze mois de guerre. Mais la condamnation reste vraisemblable pour tous les critères non-quantitatifs du génocide.
Quoiqu'il en soit, ça reste très très très méchant, c'est une extermination au moins dix fois pire que la première pour une population totale bien inférieure — ce que l'on appellera une « surextermination » définie comme « surenchère en extermination ». Et c'est d'autant plus coupable qu'Israël pouvait se contenter d'un blocus total le temps que les Gazaouis puissent se débarrasser du Hamas. On va donc appeler ce défi lancé au peuple gazaoui et à ses forces de libération :
Siège d'attrition surexterministe terroriste et perfide — PLÉOJÀNO
Dans la mesure où la France n’a pas un service militaire obligatoire de colonisation comme à l'époque de la Guerre d'Algérie, le Hamas ne peut pas constituer la même menace pour nous que pour Israël, et donc la décision de la FI de le priver du statut de terroriste est seulement critiquable faute d'avoir inventé un autre terme pour le qualifier. Mais il aurait pu au moins comprendre que ce n’était pas de la résistance non plus s’il s’était renseigné correctement — et ce n'était pas avec les pathologisations misérabilistes de Franz Fanon qu'ils avaient la moindre chance d'y arriver.
Dans ce contexte, la résistance est dans l'opposition gazaouie au Hamas et dans l'opposition israélienne à Netanyahou. On pouvait qualifier le Hamas de résistance avant le 7 octobre, mais ils sont devenus des scélérats et le resteront jusqu'à ce qu'ils coopèrent avec la justice internationale.
- Il était une fois deux peuples sémites préparés à une guerre sans limite,
- Pas foutus d’oublier ou pardonner et que les dieux ont abandonnés
- Le premier nie par sa foi de pèlerin la prescription millénaire du terrain
- Le second qui refuse qu’on le remplace dit que qui va à la chasse perd sa place !
- Prends tes jambes à ton cou, déguerpis, même si tu perds tout alors tant pis !
- Ceux qui se sont pris pour Dieu foudroient celui dont ils confisquent les droits,
- Ceux qui encaissèrent le svastika s’abaissent au niveau d'Hiroshima
- Alors meurs ou applaventris-toi !
- Le tapis de bombe qu’ils te précipitent bien à l’abris cachés dans leur cockpit
- Se passe de toute forme de commentaire tel les lois vétérotestamentaires
- On dirait bien que cela les excite de nettoyer tous ces Amalécites
- De la surface sanglante de la terre trois fois sainte et recouverte de cratères...
- Prends tes jambes à ton cou, déguerpis, même si tu perds tout alors tant pis !
- Ceux qui se sont pris pour Dieu foudroient celui dont ils confisquent les droits,
- Ceux qui encaissèrent le svastika s’abaissent au niveau d'Hiroshima
- Alors meurs ou applaventris-toi !
- Au laboratoire du ressentiment, certains en avaient le pressentiment,
- Car une dissidence antifanatique rêvait d'autonomie apostatique.
- Mais les incarcérés à ciel ouvert qu’on fit tous semblant d’avoir découvert.
- Pourront-ils un jour se débarrasser des sauveurs suprêmes dont on s'est lassé ?
- Prends tes jambes à ton cou, déguerpis, même si tu perds tout alors tant pis !
- Ceux qui se sont pris pour Dieu foudroient celui dont ils confisquent les droits,
- Ceux qui encaissèrent le svastika s’abaissent au niveau d'Hiroshima
- Alors meurs ou applaventris-toi !
- Les uns jouissent de la plus fière technoscience pour s’étendre sans la moindre conscience
- Les autres se servent de leurs poignards et de leurs cailloux pour finir bagnards
- Sans tous leurs traumatismes respectifs, oseraient-ils être aussi directifs ?
- Ils sont désormais en compétition pour faire pitié à toutes les nations !
- Prends tes jambes à ton cou, déguerpis, même si tu perds tout alors tant pis !
- Ceux qui se sont pris pour Dieu foudroient celui dont ils confisquent les droits,
- Ceux qui encaissèrent le svastika s’abaissent au niveau d'Hiroshima
- Alors meurs ou applaventris-toi !
- Pendant que les dinosaures s’entretuent, quelques mammifères rêveurs et têtus
- Pactisent des deux côtés du Dôme de fer, certains qu’il est possible de mieux faire
- Avant l’Armageddon en contestant cet archipel infâme des bantoustans
- Nous vaincrons bientôt l’illégalité…. Par un retrait, ou par l’égalité !
Notre richesse est dans l’inventivité.
En elle réside la naissance de notre force,
celle qui brisera le mouvement
de paupérisation des sociétés et des consciences
Pour terminer cette page déjà bien riche sur la résistance dans le désert du réel glacé de déréliction et surchauffé climatiquement qui s’annonce comme le dédale de ma génération milléniale, je vais poser une dernière question de mon point de vue de Français prêchant la bonne parole révolutionnaire en territoire conservateur : à quoi faut-il que je me prépare si 2027 termine en
Guerre de Troie entre les Croisés et les Sarrasins ?
L’article le plus récent à ce sujet est en première page du Monde Diplomatique d’aout 2026, le plus important de l’année parce que c’est pendant les vacances d’été qu’il espère le plus être lu. C’est l’œuvre à quatre mains de l’historien directeur du journal et d’un coéditorialiste sociologue traduit en huit langues, donc il faut s’attendre à y trouver une déclaration d’intention au nom de toute la camaraderie. Il s’intitule : « Fascisme en France : le grand malentendu » (avec pour sous-titre : « le modèle israélien de l’extrême-droite »). Allons-y Allonzo.
Au départ, il y a la construction d’un épouvantail bien plus facile à critiquer que l’ennemi réel : la gauche française surexploite les infâmies du régime de Vichy et de l’Algérie française pour alerter sur les dangers de l’ultradroite et de la droite radicale, au risque de mépriser ce que fait vraiment la droite illibérale au XXIe siècle. Quelque part, c’est mieux et c’est pire : les systèmes concentrationnaires dérivés de la guerre totale ont l’air d’avoir disparu, mais désormais des techniques de surveillance et de propagande bien plus fourbe que celle qu’avait imaginé Georges Orwell complique sérieusement toute velléité de clandestinité. Ma première intuition est que nous pourrons bientôt parler de technofascisme — ne serait-ce que pour désigner la « minute de la haine » qu’est devenue X anciennement Twitter. Mais voyons ce qu’en disent Benoit Bréville et Pierre Rimbert.
Pour les deux compères de l’article, le danger le plus immédiat et le plus vraisemblable serait non pas une bascule autoritaire anéantissant tous les partis d’opposition, parce que ce qu’il reste de la bourgeoisie libérale française n’a pas l’intention de se laisser marcher sur la gueule, mais l’émergence d’une ségrégation juridique où certaines populations allogènes seraient contenues par une forme hiérarchique les infériorisant, comme les métèques à Athènes ou la sous-citoyenneté des Arabes d’Israël, de sorte qu’ils trouvent plus adéquat de se concentrer sur l’hypothèse d’un « apartheid 2.0 ».
Okay, donc mon intuition de départ était assez convenable.
Depuis que le décrochage démographique du Vieux continent a conduit le capital à attirer des travailleurs d’Afrique subsaharienne, du Maghreb ou du Proche-Orient, la droite radicale européenne a pour ainsi dire le cul assis entre deux chaises : la présence des allogènes est vécue à la fois comme une menace et comme une opportunité par son électorat. Entre le désarroi des ouvriers sous-diplômés et la volonté de puissance des capitalistes des secteurs en tension, il y a pour seul compromis l’acceptation de la présence des allogènes sous des conditions de plus en plus restrictives et avec de moins en moins d’hospitalité, comme le révèle le cas de l’Italie de Georgia Meloni : élue sur une ligne antimigratoire, elle n’en a pas moins signé en 2025 un décret autorisant l’importation de 500 000 travailleurs étrangers pour satisfaire les patronats de l’agriculture, du bâtiment et du tourisme. Le MEDEF en France réclame exactement la même chose : profiter de populations qu’elle ne côtoie pas, au contraire des Calaisiens et leur situation spécifique. Le seul à proposer une solution japonaise fondé sur l’automatisation est Éric Zemmour, mais certaines tâches ingrates ne seront jamais automatisées et exigent donc une relance de la natalité à long-terme, qui est d’autant plus invraisemblable que non seulement les Japonais ont échoué à y arriver, et que les femmes surclassent de plus en plus les hommes dans les études supérieures, ce qui les conduit à faire moins d’enfants. Dans une telle situation, l’étranger sera toléré, mais sera évidemment exclu par la xénophobie d'État de la « préférence nationale ». La droite radicale veut réserver la pleine citoyenneté à ceux qui sont prêts à payer le prix de l’assimilation pour s’intégrer — les autres seront privés de la solidarité nationale et de toute perspective d’être intégrés. Tous les Français seront égaux, mais certains seront plus égaux que les autres, vu que les premiers arrivés seront les premiers servis. Les auteurs pensent à une réminiscence du régime de l’indigénat, à l’époque coloniale où certaines populations avaient moins de droits et plus de devoirs que les autres, voire au cantonnement odieux des travailleurs étrangers du Qatar dans des baraquements où ils n’ont aucun contact avec les autochtones. Le cas israélien est le plus assumé pour la droite radicale française : les autorités israéliennes ne font pas qu’enfreindre la loi, ils écrivent aussi les lois pour légaliser la méchanceté : seuls les Juifs ont le droit à l’autodétermination dans les territoires colonisés depuis la loi du 19 juillet 2018, et depuis le 30 mars 2026 la peine de mort est prévue pour les meurtres terroristes par un Palestinien, mais pas par un Juif, alors que cela a pu arriver — on se souvient du terroriste Baruch Goldstein, qui n'aurait pas risqué la mort selon cette loi. .
Cette hypothèse d’une accélératisation des lois françaises inédite depuis l’indépendance algérienne (c’est ainsi que j’appelle un empilement de lois scélérates monstrueusement partiales à l’encontre des étrangers) est ma manière comme une autre de désigner la « révolution nationale » dont rêve le RN s’il parvenait à triompher au « référendum sur l’immigration » qu’il promet d’organiser immédiatement en cas de victoire aux présidentielles de 2027 Mais le terme de référendum est inadéquat pour exprimer le scélératisme de ce projet de loi constitutionnelle, et remplacer les mots de l'ennemi par les siens est le premier de tous les actes de résistance. Il s'agit d'un panssézoclach, c'est-à-dire d'un Putsch par Applaudimètre à Nuisances Sonores Scélérates Éparpillant la Zizanie de l'Obscurantisme par la Constitutionnalisation Lamentable de l'Arrogance et de la Cruauté dans l'Hexagone. PANSSÉZOCLACH !
En cas de victoire du RN, ce panssézoclach serait le premier plébiscite imbécile de ma vie de citoyen français, parce que j’étais encore mineur lors de la mutinerie de 2005 contre l’européanisation de la constitution française. Pour savoir de quoi il en retourne, je vais interrompre provisoirement ma lecture du Diplo pour lire à la place le pamphlet de Pierre-Yves Bocquet chez Gallimard Tracts (n°64 de janvier 2025) intitulé : La « révolution nationale » en 100 jours, et comment l’éviter.
À quel point peut-on se fier à l'auteur ? Le citoyen Bocquet a été la « plume » de François Hollande à partir de 2014, une fonction qui consiste à aider le président de la République française à préparer ses discours, et cela me contrarie profondément, d’autant plus que sa page Wikipédia redirige vers un article de Gentlemen’s Quartery France qui prétend qu’il est fin connaisseur en hip-hop et critique de rap sous le pseudonyme ultrachelou de Pierre Evil… et il n’a même pas obtenu de François Hollande qu’il se mette à rapper devant la France entière ! Et il est de surcroît directeur adjoint de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage depuis 2020, ce qui est assez noble parce qu’il fallait bien que quelqu’un s’y colle — mais cela laisse penser qu’il y a un malaise dans sa blanchité. Cela étant, OSEF : on est encore en République, même si ce n’est peut-être plus pour longtemps, il a donc le droit de kiffer la race qu’il veut, pas de puritanisme à deux balles s’il vous plait. Maintenant que nous avons une idée du CV du zigoto, concentrons-nous sur son travail journalistique — dans son tract Gallimard évidemment, pas dans ses travaux glorifiant le gangsta rap.
La constitution de la Ve est une bombe à retardement, parce qu’elle permet à n’importe quel Badinguet ou Badinguette de la défigurer par le moyen d’un panssézoclach et d’en faire une démocratie illibérale autoritaire xénophobe digne de la Hongrie de Viktor Orban avant sa chute ou de la Slovaquie de Robert Fico. Ce sont les contenus immortels de 1789 qui sont en péril, et si jamais ils sautent, le résultat sera difficilement réversible. Voyons cela de plus près : le projet est dévoilé depuis septembre 2021, il s’agit de sortir l’article 11 des familles pour répéter la forfaiture de Charlot en 1962.
Le projet de loi constitutionnel prévu en cas de victoire depuis 2021 s’appelle « Citoyenneté identité immigration » et fut interprétée par les journaleux comme une réponse à l’ascension préoccupante du citoyen Zemmour dans les sondages. Mais le projet était déjà dans les tuyaux depuis 2014, parce que déjà à l’époque les journalistes remarquaient que le programme du FN était en l’état anticonstitutionnel, et le premier brouillon était disponible au public dès 2018, c’est dire si on a eu le temps de voir venir arriver l’éléphant dans le magazine de porcelaine. Mais curieusement, on en parle sérieusement dans les médias que depuis le milieu de 2026 ce qui prouve bien que quelque chose cloche.
Il s’agit d’un pavé de 80 pages qui dépasse largement le thème de l’immigration, dont on peut dire qu’il s’agit de soustraire la France à l’autorité de l’Union Européenne et de la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Mais attendez, il y a plus ! Ce n’est pas un projet concernant seulement les étrangers et pour reprendre le contrôle des décisions des tribunaux remise en cause par la CEDH — c’est quasiment un changement de régime. En conséquence, il faudra l’appeler « la Cinquième et demie » (Ve ½) ou « la Constitution scélérate » par analogie avec les lois scélérates de 1893 sur l’anarchisme — au total, 18 articles sont concernés sur 108 et 7 articles sont ajoutés.
Une zone de non-droit internationale
Dans la proposition de loi constitutionnelle du RN du 25 janvier 2024, il y a une inversion de la hiérarchie des normes : le droit international est assujetti à la constitution, et donc absolument tous les Français seront concernés, puisqu’il ne sera plus permis de saisir une institution internationale pour annuler une décision conforme à la constitution. Absolument tout le droit européen des liberté fondamentales est affecté par l’introduction d’exceptions çà et là. Par exemple, l’article 8 de la CEDH qui garantit le droit à la protection de la vie privée personnelle et familiale ne sera plus applicable aux étrangers. Et si le RN décidait de rétablir la peine de mort ou d’autoriser les discriminations à l’embauche, de menacer la liberté de conscience des musulmans ou de leur refuser des procès équitables comme en Israël, rien ne pourra l’empêcher de le faire tant que ces lois auront été promulguées constitutionnellement. Cela n’a rien d’impossible, vu que le RN cite dans ses documents ce qui s’est passé en Hongrie ou en Russie. La France deviendra une démocratie illibérale.
Bunkériser la France contre les damnés de la Terre
D’abord, il y a les mesures pensées pour dissuader l’immigration en faisant comprendre aux candidats que l’hospitalité n’est plus à l’ordre du jour. En plus de restrictions aux voies légales d’entrée et de séjour en France compatibles avec ce qui se fait déjà de plus dur en Europe, l’autorité judiciaire ne sera plus garante de la liberté individuelle des étrangers par suite d’une exception ajoutée à l’article 66. Même les travailleurs sans-papiers ne pourront plus demander de régularisation, sauf cas particulier de grâce individuelle miraculeuse par le Conseil des ministres selon le nouvel article 4.1., qui s’arroge là une prérogative jusque-là exercée par les préfectures — inutile de dire que le nombre des irréguliers va mécaniquement augmenter. Et bien sûr, la « priorité nationale » sera stipulée supérieure aux traités communautaires par voie constitutionnelle, parce qu’il n’y a pas d’autre moyen de faire sauter tous les verrous qui pourraient s’opposer à son application. Les articles affectés sont nombreux, mais pour faire simple, le droit de la nationalité sera constitutionnalisé, le droit du sol sera supprimé, les binationaux seront discriminés, la lutte contre les discriminations ne sera plus obligatoire, et les libertés associatives et syndicales des étrangers seront vicieusement abrogées pour les exclure davantage de la solidarité des Français — tout cela à l’intérieur de la constitution. C’est donc une involution par rapport à 1789, vu que les interdictions ne sont plus fondées sur les actes individuels nuisibles mais sur l’identité, et parce que les êtres humains ne naissent plus égaux en droits naturels. L’étrangeté d’une personne sur le sol français va devenir un critère suffisant pour justifier une différence de traitement permanente dans l’accès au travail et aux ressources, ce qui est une première contraction après deux siècles et demi où chaque république accordait plus de droits que la précédente. Quant aux citoyens français, ils pourront désormais saisir le Conseil constitutionnel s’ils estiment que la préférence nationale n’a pas été appliquée dans le nouvel article 61-3. C’est du principe de protection de l’identité de la France que dérivent toutes ces propositions, pour la bunkériser contre les centaines de millions de réfugiés climatiques que provoqueront l’élévations des océans de 4 ou 6 mètres avant la fin du siècle. Mais la définition exacte du contenue, de la portée et des conséquences de cette identité n’est évidemment pas précisée, de sorte que la présidence pourra s’en servir pour protéger les crèches dans les mairies ou les paysages défigurés par les éoliennes, entres autres pulsions identitaires scélérates.
Les vexations de la Hiérarchie d'Infériorisation des Indigènes, des Étudiants Étrangers, des Allophones, des Gauchistes, des Exploités, des Racisés et des Binationaux (HIIÉÉAGERB — À chier et à gerber)
Voyons maintenant la totalité des vexations, de la répression critiquable jusqu’au défi ubuesque :
- Les immigrés clandestins délinquant seront expulsés
- Les immigrés en situation régulière subiront la préférence nationale et seront expulsables au moindre pet de travers, même les étudiants qui auront besoin.
- Les travailleurs sans papiers seront parfois tolérés mais quasiment impossibles à régulariser.
- Les enfants nés en France de parents étrangers n'auront plus le droit du sol, expulsables vers des pays où ils n’ont jamais posé le pied pour peu que ces pays acceptent les termes de l’expulsion décidée par la France — et ils n'auront plus la possibilité d'apprendre la langue exotique de leurs parents à l'école par les Enseignement Internationaux de Langue Étrangère (EILE).
- Les enfants nés en France lorsqu’un seul des parents y est né perdront aussi leur droit du sol — c’est un droit qui remonte à 1515 et que même le régime de Vichy n’avait pas osé attaquer
- Les Français racisés continueront d'être soumis à des contrôles au faciès intensifiés, mêmes si leurs ancêtres sont en France depuis des siècles.
- Les Français binationaux n’auront plus la présomption d’innocence puisqu’ils seront interdits de certaines fonctions pour peu que leur autre nationalité inspire la méfiance des autorités.
- Les Français solidaires des catégories précédents n'auront aucune protection constitutionnelle.
Donc la préférence nationale, c’est une xénophobie d’État qui rature 230 ans d’universalisme avec des peines injustifiées ou disproportionnées, l'amour délirant de l'autorité et de l'inégalité, et le culte malpropre et borné de tout ce qui distingue et divise les êtres humains.
Le mode opératoire de L'Involution Française
Ces propositions ne pourraient que très invraisemblablement dépasser le seuil critique des trois cinquièmes du Congrès, et vu ce qu’il reste de la bourgeoisie libérale, on pourrait s’attendre à ce que ce panssézoclach soit privé de sa substance par ses négociations avec les autres partis et les censures du Conseil constitutionnel. Mais voilà : la Constitution de 1958 et ainsi faite que tout ce qui y est stable est aussi contestable. Un projet de loi non-délibéré par les assemblées peut être soumis au référendum, et même si cette article a été pensé pour couper court aux délibérations chronophages de la IVe république pendant la guerre d’Algérie lors des référendum de 1961 et 1962, il peut facilement être exapté pour braquer un pistolet contre toute la constitution, parce que le général de Gaulle a institué deux précédents fâcheux en 1962 et 1969, et le passage au suffrage universel pour l’élection présidentielle de 1965 a radicalement changé la nature de la Cinquième, avec sa Présidence plébiscitarisée.
Depuis l’échec du référendum par article 11 en 1969, plus personne n’a osé l’utiliser faute de la légitimité historique du Général. Cette succession entre une victoire et un échec signifie qu’il n’y a jamais eu de consensus chez les constitutionnalistes sur la légalité de cette méthode — même si tout le monde s’accorde au ne pas valoriser ce genre de bidouillage téméraire. Pour l’instant, toutes les autorités constitutionnelles en présence voudraient que l’article 89 soit requis, mais elles n’ont pas le moyen de forcer le reste de la société à l’accepter si jamais le RN profitait de son état de grâce des cent premiers jours et d’une victoire aux législatives pour légitimer l’article 11.
Soyons plus précis : les choses pourraient être très rapides, puisqu’il s’est écoulé deux mois entre la tentative de présidenticide du 20 aout 1962 et le référendum du 20 octobre annoncé le 20 septembre, et pareillement 70 jours entre la saisine du Conseil d’État pour le projet de loi constitutionnelle de 1969 et le décret de convocation du référendum. Actuellement le CÉ et le CC considèrent que l’article 89 est requis, donc il va y avoir une crise constitutionnelle sans précédent depuis 1962. Donc même si la majorité est acquise à la dissolution, il y aura du grabuge, parce que des autorités chargées d’organiser le vote, par exemple les préfets, pourrait désobéir. Mais cela ne suffira certainement pas, parce que si le panssézoclach est présenté comme un résultat majeur de la victoire du RN assez longtemps à l’avance, le peuple aura su le risque qu’il a pris — il suffit de constater toutes les victoires aux législatives des partis des candidats élus à la présidence plébiscitarisée.
La gueule de bois
Peu importe à quel point la majorité sera faible, ça passera à quelques milliers de voix d’avance. Donc toutes les modifications constitutionnelles précédentes vont s’appliquer instantanément, et leur degré de nuisance dépendra du score de la droite radicale aux législatives. Mais même dans le cas extrême d’une cohabitation avec une opposition majoritaire l’Assemblée, les dégâts auront été pensés pour être irréparables. Avec l’article 89 tel qu’il est pensé actuellement, l’Assemblée ne pourra pas proposer de loi constitutionnelle sans référendum. Pour passer par le Congrès, il faudra l’aval de la présidence. Et en cas d’alternance à l’Élysée, le nouvel article 14 stipulera que le retour en arrière ne sera plus possible en passant par le Congrès, il faudra forcément passer par un référendum, peu importe son origine. L’article 11 sera donc définitivement légitimé pour rétropédaler ou en rajouter une couche. Et la période de déréférendumisation de la Cinquième, ouverte après la mutinerie de 2005, va certainement se refermer. Autant dire que la France va devenir beaucoup plus instable, et que les immigrés ne seront pas les seuls dissuader de s’installer chez nous.
Le 18 Brumaire de Badinguette
C’est par ce genre de coup de force que les napoléonides ont tyrannisé la France lors du 18 Brumaire de l’an II et le plébiscite de décembre 1852. Cette méthode est très souvent réactionnaire dans le contexte français, pour diverses raisons que voilà :
- Le but a souvent été de contrôler les grandes villes révolutionnaires par la majorité silencieuse.
- C’est un procédé binaire qui force les citoyens à trancher des problème complexes par oui ou non.
- La présidence peut procéder par surprise après une longue cogitation, ce qui est déloyal.
- Il coupe court à toute délibération alors que chaque article devrait être discuté un par un.
- Les gens votent souvent pour ou contre telle ou telle personnalité et non à la question posée.
- Il rend facile la manipulation de ceux qui ne lisent pas le contenu du texte qui leur est soumis.
- Il permet à chacun de se défouler dans un isoloir sans être responsable de l’application du projet.
- Il ne permet pas encore à ceux qui votent blanc d’être comptabilisés.
- Certaines entités étrangères tentent souvent des opérations de déstabilisation psychologique.
- Notre clergé médiatique libéral peut en retour tenter de « redéstabiliser » les électeurs.
- Plus un référendum est serré, plus il est hasardeux et illégitime après que la situation change
- La présidence peut faire un lit de justice en instaurant un projet refusé après une victoire électorale — même s’il faut reconnaître que cela ne sera plus possible sous la Cinquième et demie.
La démocratie, ce n'est pas seulement, le suffrage universel. Une démocratie sans État de droit, c'est un mariage à viol conjugal. Et un référendum sans État de droit, c'est un panssézoclach. Si jamais ça se produit, ça va redélégitimer sa constitution, en plus de sa scélératisation qui va déjà la délégitimer dans son principe même pour tous les sujets subjugués par sa HIÉÉAGEURB.
Voici les propositions minimales du citoyen Bocquet :
- Que le clergé médiatique libéral bombarde les mécontents .
- Déplacer le débat politique sur le terrain de l’État de droit pour dépasser le clivage droite/gauche.
- Changer la constitution pour requérir définitivement l’article 89 au référendum. C’est possible en trois mois comme la constitutionnalisation de l’IVG de 2024, à condition de convaincre :
- Les Premier ministre,
- Président de la République,
- Présidente de l’Assemblée nationale,
- et Président du Sénat.
- Les mutins de 2005 ont vécu la déréférendumisation de la Ve comme une trahison, et puisque les Gilets-Jaunes réclamaient un Référendum d'Initiative Citoyenne (RIC), il va falloir introduire de la démocratie directe et participative dans la Ve pour rendre l'amendement précédent tolérable.
C'est ce dernier point le plus important. Si on verrouille la Cinquième sans la démocratiser, alors on se fera encore monarchier sur la gueule pendant des décennies. Il faudra forcément l’accord du Sénat pour obtenir un référendum, à moins d’obtenir les 3/5 du Congrès. Donc la proposition de Bocquet est une arme à double tranchant qui pourrait dissuader la France Insoumise de s’en servir si elle croit assez en sa victoire pour passer la Sixième — à moins d'être certain que le résultat ne soit pas une Cinquième sempiternelle. Dans tous les cas, si un projet est voté, alors il faudra retenir le nom de tous ceux qui auront voté contre pour les responsabiliser devant les générations futures.
En attendant, voici mes suggestions en tant qu'auteur du présent blog :
La question de l’identité problématisée par le RN n’est pas problématisée par Bocquet, comme si le multiculturalisme faisait partie de l’identité des droits-de-l’homme, alors qu’une identité peut parfois s’opposer à certains droits-de-l’homme lorsqu’une opinion, religieuse ou pas, « trouble l’ordre public établi par la loi » (article 10 de la DDHC) ou lorsqu’un citoyen « abuse de la libre communication des pensées et des opinions dans les cas déterminés par la loi » (article 11). Dans une telle situation où les droits-de-l’homme eux-mêmes peuvent donner lieu à plusieurs interprétations du multiculturalisme, la question de l’identité doit être problématisée correctement, mais pas par voie du panssézoclach.
Je suggère donc une convention citoyenne tirée au sort avec éthique de la discussion maximale dont la décision ne pourra pas être enterrée. Et je précise que ce n’est pas du tout une suggestion réactionnaire, dans la mesure où c’est précisément ce que réclament ceux qui aident les migrants — il y a la Ligue des Droits de l’Homme, le Secours catholique, la LICRA et au total 90 associations. Pour les arguments qu’ils espèrent employer pour convaincre les plébéiens, je renvoie aux travaux de Sophie-Anne Bisiaux, l’autrice d’En finir avec les idées fausses sur les migrations aux Éds de l’Atelier (2025).
Pour l’instant, le seul à proposer ce contre-projet de loi constitutionnel randomisé est le citoyen Raphaël Glucksmann, comme quoi les horloges cassées sont à l’heure deux fois par jour, et je peux deviner assez facilement que c’est en sa faveur que le clergé médiatique libéral va se prononcer.
Dans un tel contexte, il va falloir commercer avec toutes les bonnes volontés. On ne va pas y arriver si on cède au narcissisme des petites différences à la négociation avec les antilepénistes critiquables.
Le problème lorsqu’on croit que l’humanité est bonne par nature, ce que puisque ce monde est de plus en méchant, il faut en conclure que les gentilshommes appartiennent à une élite. Mais nous ne devons pas céder à cette tentation. Voici mon humble conseil à tous ceux qui se croient plus à gauche que tout le monde. Lorsque vous croisez un rival, voyez en lui ce qu’il a de mieux.
- Si vous croisez un gaulliste, pensez à 1940 plutôt qu’à 1958.
- Si vous croisez un libéral, pensez au Royaume-Uni pendant la Seconde Guerre mondiale.
- Si vous croisez un social-démocrate, pensez à la Scandinavie avant son tournant xénophobe.
- Si vous croisez un décolonial, pensez à Thomas Sankara.
- Si vous croisez un décroissant, pensez aux blagues de Diogène le Cynique.
- Si vous croisez un communiste, pensez à la résurgence de la Chine.
- Si vous croisez un anarchiste, pensez à Louise Michel.
- Si vous croisez un insoumis, pensez à Simon Bolivar.
- Si vous croisez un trotskiste, euh… ben… pensez à Georges Moustaki.
Les compères Bréville et Rimbert du Diplo avaient donc parfaitement raison de parler d’un « apartheid 2.0 » en cas de victoire du RN aux présidentielles. Mais au fond, il y a déjà des prodromes dans le maintien de l’ordre dans certaines localités : contrôles d’identité dans certains quartiers populaires, délit d’occupation des halls d’immeuble, opérations « place nette » dans certains grands ensembles, quartiers de reconquête républicaine (QRR) pour territorialiser l’action policière à certains endroits…. Tout cela est facilité par une « double manœuvre antiuniversaliste » qui s’aggrave depuis un quart de siècle dès lors que la droite et la gauche se sont complus dans le différentialisme culturaliste. Sans aller jusqu’au fascisme des régimes qui se sont sentis menacés dans leur existence même par le communisme, la petite soustraction de certains quartiers à l’autorité de l’État va provoquer soit des appels à rétablir l’ordre manu militari, soit des désolidarisations évoquant les bantoustans de l’Apartheid — donc même si la France était subjuguée par un nouveau macroniste, la situation resterait lamentable.
Cette mise au point du Diplo et du citoyen Bocquet m’a convaincu que le projet du RN n’est pas seulement critiquable, c’est aussi un acte de défi à l’encontre de tous ceux qui croyaient à notre parole : appliqué en l’état, la France va s’exposer à des mesures de rétorsion de la part de nombreux pays dont les binationaux et étrangers sont ressortissants. La valeur du passeport français déclinerait donc rapidement. Ceux comme moi qui sont Français par les deux parents et n’ont pas l’intention de voyager risquent peu tant qu’ils fermeront leur gueule, comme la plupart des Français en 1940. Mais si je voulais entretenir la flamme de l’égalité et la fraternité, l’État se sentirait gravement défié.
Dans le pire des scénario, ce sera l'Involution Française, un retour à l'Ancien Régime.
Ma génération va devoir résoudre des cas de conscience disparus depuis la Guerre d’Algérie. Merci d'avoir lu mes cogitations jusque ici, estimable collocutaire inconnu. Sur ce blog, je partagerai avec toi mes crimes-en-pensée, parce que depuis le droit romain au fondement de la civilisation occidentale,
NUL NE PEUT ÊTRE PUNI POUR DE SIMPLES PENSÉES
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