De l'auteur

Étant un sujet neuroatypique dont le Haut Potentiel Intellectuel parvient globalement à contenir les psychoses paranoïaques, je prie mon lectorat de m'excuser si j'en dis le moins possible sur mon identité par précaution élémentaire pour ma sérénité.

Mais au final, cela n'est pas grave. Depuis que la militance exige d’énoncer, avant d’entamer certains discours, les privilèges de classe, sexe et race que l’on possède ou ne possède pas, dans un but de situer son point de vue par rapport aux oppressions que l’on subit ou fait subir, nous avons peut-être perdu de vue une dimension fondamentale de l'identité : nous ne sommes pas seulement la somme de nos peines, nous sommes aussi la somme de nos espoirs.

Après des études prestigieuses en sciences politiques, j’ai consumé le temps libre de mes vertes années à espérer devenir chercheur en sciences sociales, histoire de contribuer à rendre le monde meilleur — mais j'ai renoncé à écrire la moindre thèse lorsque j'ai compris à quel point ma santé mentale était affectée par l'étude de tant de problèmes déprimants dont les solutions les plus ingénieuses n'étaient proposées que par des hérétiques prêchant dans le désert. Ainsi, je rêvais que la France quitte la zone euro, inclue l'Islam dans le Concordat d'Alsace-Moselle, et opte pour la décroissance sans sortir du nucléaire. Or j'étais arrivé à des conclusions si radicales en épluchant des travaux déjà existants et robustes auxquels je n'avais au fond rien à ajouter.

Mes parents m'ont alors laissé le temps d'essayer d'écrire un roman. Avec ma témérité d'avoir choisi un thème particulièrement complexe et casse-gueule, je n'ai jamais réussi à le faire éditer, mais au moins j'ai gagné en expérience. Ma correctrice m'a mis en contact avec un producteur, et j'ai été dialoguiste et script-docteur pendant six mois. Mais les gens que j'ai rencontré dans le milieu du cinéma étaient si toxiques que j'ai compris pourquoi telle actrice avait préféré se casser dans le théâtre. J'aurai donc abandonné tout espoir dans le cinéma, si je n'avais pas un ami d'enfance réalisateur de courts-métrages assez imprudent pour me confier son scénario.

Ma dernière piste pour enfin trouver un travail sans la générosité de ma famille se situe dans le secteur de l'éloquence et de la formation à la prise de parole en public. J'ai proposé à des gens de ce milieu un dispositif pour argumenter avec un adversaire en chair et en os selon des règles simples et strictes sans la pulsion de mort verbale des réseaux sociaux. C'est peut-être une tentative désespérée, mais au moins lorsque j'en parle à mes connaissances, elle suscite toujours un grand respect, vu que tous les Français ont honte de ce que le débat public devient en 2027.

Malgré l'impression que tout ce que je viens de révéler me distingue de tous ceux qui partagent mes privilèges, je me dois quand même de préciser que je suis relativement privilégié à l'exception de ma santé mentale, et que ce blog n'est là que pour me permettre de partager tout ce que j'ai appris en mettant mon temps libre au service de la révolution, depuis que cette vocation me frappa au dénouement dramatique de la crise grecque de 2015, lorsque je compris qu'il faudrait pour y arriver que je désapprenne une part significative de ce que le système m'avait appris.

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